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Vu par Zibeline

Contexte(s) Art/territoire : diversité et fracture culturelles en questions

Ecouter le territoire

Contexte(s) Art/territoire : diversité et fracture culturelles en questions - Zibeline

Le Merlan a proposé deux jours de débat sur les rapports entre un bâtiment culturel et son quartier.

À l’heure où le monde culturel en région s’insurge contre la vision de la Décentralisation du ministère de la Culture, ils posaient quelques paradoxes…

Celui du premier débat d’abord, où des habitants de ces Quartiers de Marseille dits Nord pour ne pas dire pauvres, racontaient leur fierté de ce lieu de culture, que certains ne fréquentaient pas pourtant, comme s’il n’était pas vraiment pour eux. Paradoxe qui était relayé aussi dans le second débat, où les bailleurs et travailleurs sociaux, les enseignants, disaient la difficulté à mettre en place des actions culturelles, ou éducatives, qui concernent les habitants. Car le sentiment de délaissement pousse au rejet de tout ce que l’on ressent comme institutionnel, y compris quand l’institution se penche sur vos besoins…

Les institutions culturelles, justement, avaient la parole lors du troisième débat, qui fut passionnant. Parce que tiraillé. Les directeurs de lieux culturels réunis étaient, tous, des militants de l’action culturelle. Activistes, pour certaines, comme Béatrice Josse qui en prenant la direction du Magasin de Grenoble a profondément changé la fabrique même de l’art, pariant que les habitants « sauraient faire », débattre, administrer, créer, médiatiser ; ou comme Myriam Marzouki (metteure en scène) qui détesterait « être l’artiste d’un territoire » tout en affirmant qu’elle veut concerner la population des lieux délaissés, et défendre la diversité sur les scènes. Qui est arabe ici ? demande-t-elle Quelques mains se lèvent dans la salle, à son étonnement.

Classe et diversité

Mais est-ce bien de cette diversité dont il est question, et quelle aurait été sa réponse si elle avait demandé que les non bacheliers venus au colloque lèvent la main ? La fracture culturelle se pense en termes de classes et de savoirPaul Ardenne, critique d’art et universitaire, fit preuve du recul nécessaire pour poser autrement le problème. En effet les rapports entre l’institution culturelle et les territoires pauvres est toujours ambigu : souvent fabriqué contre l’art institutionnel, le hip hop, le street art ou en 68 l’art situationniste ont perdu de leur force subversive, et esthétique, lorsque l’institution les a fait monter sur scène ou entrer au musée. La résistance, constitutive de l’art, s’accommode mal des territoires figés et des modélisations.

Que doit faire, alors, un programmateur culturel ? Ouvrir les portes 24h sur 24 pour qu’ils deviennent des lieux de vie pour tous, comme le suggérait une « habitante » ? Ne pas être prescripteur de formes mais écouter davantage les attentes, au risque d’une programmation consensuelle, puisqu’aujourd’hui les arts dits populaires sont formatés par les industries du divertissement ?

Hortense Archambault, directrice de la MC 93 (Bobigny) proposait d’adopter une démarche modeste : être à l’écoute, et ne pas oublier ce que l’on représente. C’est-à-dire l’institution, même lorsqu’elle veut apporter la culture en banlieue, même lorsqu’elle programme sur scène le reflet militant des inégalités sociales.

Et pour renverser le regard, rien de mieux que Juste Heddy, de Mickaël Phelippeau, qui conclut le week-end : le solo est construit avec ce jeune homme fascinant qui a toujours vécu là, au quartier, entre la boxe et l’armée, la violence et le racisme. Le théâtre, pour lui, est important. Heddy, pour le théâtre, est essentiel.

AGNÈS FRESCHEL
Mai 2018

 Contexte(s) Art/territoire a eu lieu au Merlan, Marseille, les 13 et 14 avril

Photo : Juste Heddy, de Mickaël Phelippeau c Perrine Mériel


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/