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Le Printemps de l’art contemporain, à Marseille, Istres, Aix-en-Provence et Châteauneuf-le-Rouge

Éclosion d’art printanière

• 5 juin 2018⇒13 juillet 2018 •
Le Printemps de l’art contemporain, à Marseille, Istres, Aix-en-Provence et Châteauneuf-le-Rouge - Zibeline

À Marseille, Istres, Aix-en-Provence et Châteauneuf-le-Rouge, le Printemps de l’art contemporain mobilise un vaste réseau de galeries, musées et centres d’art.

À l’occasion du 10e PAC et de MP2018, certains lieux prolongent leur temps d’exposition au-delà de mai, notamment Château de Servières et Vidéochroniques qui mettent en lumière les œuvres d’artistes réalisées en entreprises, dans le cadre des « Ateliers MP2018 Quel Amour ! ». Mehdi Zannad introduit à Vidéochroniques des éléments empruntés directement à Milhe & Avons1, entreprise marseillaise spécialisée dans la fabrication d’emballages publicitaires et imprimés. Outils usagers et bobine de 5 km de papier, sceau à chiffons et bâtons mélangeurs se mêlent aux productions artistiques : cartographie des différents espaces (administration, stockage, atelier d’impression, etc.), dessins sur le vif répertoriés dans de petits carnets noirs, création sonore, gravures, diaporama, flexographies. Mehdi Zannad dessine comme il grave en noircissant les pages de traits fins comme un scalpel, et grave comme il dessine en laissant les traces de ses esquisses : aucun détail n’échappe à l’acuité de son regard et de son corps qui se sont frottés durant quatre mois aux hommes et aux machines. Beaucoup d’essais et de recherches pour s’éloigner de l’illustration et faire ressentir l’univers de cette « cathédrale de papier » de 10 000 mètres carrés ! Bolduc sur l’emballage, l’artiste glisse dans l’exposition Vedute des travaux anciens réalisés à Montreuil et Nancy, dont un diaporama qui éclaire son process in situ, temps de poses station debout, à l’affût de l’endroit idéal pour que le dessin prenne forme.

Contrairement à Vidéochroniques où des indices flagrants évoquent le lieu de résidence de Mehdi Zannad, Nicolas Daubanes laisse flotter le mystère, excepté pour ceux qui fréquentent les hôtels de Vacances Bleues1 et leurs paysages. Il poursuit son propos engagé lors de sa précédente exposition à Château de Servières, Souviens toi d’aimer3, autour des liens familiaux dans une nouvelle production souhaitée par les co-commissaires Martine Robin et Françoise Aubert. Exposition dont le titre énigmatique OKLM se révèle limpide après immersion dans l’installation… Les loisirs offerts par Vacances Bleues ont suscité chez lui une réflexion sur « le ressourcement », « le temps porté à soi-même », « le bien-être » qui trouve sa source dans ses liens personnels et familiaux avec la santé, le corps, la souffrance. Son expérience en résidence l’a conduit à imaginer de nouveaux gestes artistiques, comme incruster dans des plaques de verre des paysages ancrés dans la réalité en donnant la sensation d’immatérialité (projection de limaille de fer), recouvrir le sol de 120 couvertures militaires (douillettes mais potentiellement tragiques), installer une sirène militaire réactivée, prête à sonner l’alerte. La douceur de vivre est éphémère, voire fantasmée, car le temps des vacances n’est qu’une parenthèse…

De la dynamite ! 

Dans un registre explosif et décalé, Château de Servières propose un autre solo show produit à l’occasion du jumelage de Marseille avec Glasgow. La proposition visuelle est osée mais l’immense talent de Rachel Maclean, représentant l’Écosse à la Biennale de Venise 2017, fait de ses dérapages kitsch et farfelus des pamphlets de la surconsommation planétaire. Sa maitrise parfaite de la comédie, de la mise en scène, du scénario, de la peinture et de la création sonore ; son art du transformisme et de la métamorphose font de cette exposition un ovni total ! Grotesque et trash, drôle et acide, caricatural et réaliste : sa critique des médias, des séries TV et des vicissitudes humaines est implacable, son analyse est clairvoyante. Faut-il en rire ou s’angoisser ? Ou peut-être les deux ? L’identification aux modèles imposés est inévitable, à l’instar du rejet qu’elle suscite violemment.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mai 2018

1 Entreprises membres de Mécènes du sud Aix-Marseille

3 Avec Pauline Bastard

Mehdi Zannad
jusqu’au 13 juillet
Vidéochroniques, Marseille
09 60 44 25 58
videochroniques.org

Nicolas Daubanes , Rachel Maclean
jusqu’au 7 juillet
Château de Servières, Marseille
04 91 82 42 78
chateaudeservieres.org

Photo : Nicolas Daubanes, à l’oeuvre pour son exposition OKLM, Château de Servières, 2018 © X.D-R