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Festival Jazz des 5 Continents, petit mémoire

Eclipse de jazz aux Cinq continents

Festival Jazz des 5 Continents, petit mémoire - Zibeline

On retiendra de la prestation Somi, des musiciens efficaces et une voix irréprochable. Mais le jazz de cette ambassadrice de Harlem pêche par ses côtés insuffisamment afro pour étonner et bien trop guimauve pour captiver. Avec Youssou N’Dour, on sait au moins où l’on met les pieds : dans un show mené tambour-battant, incluant danses et acrobaties, chauffeur de salle et messages bien-pensants. En bonus, un tube planétaire, « Seven seconds », même si la choriste qui remplace l’interprète originale du duo, n’a pas le flow charmeur d’une Neneh Cherry des années 90.

N’Dour ne tombe jamais dans la variété. Même s’il s’éloigne sans scrupules du mbalax, genre musical phare du Sénégal qui s’appuie sur les percussions, l’enfant de la médina de Dakar met les rythmes et instruments africains comme la langue wolof à l’honneur. Accompagné du Super Etoile de Dakar qu’il a fondé en 1981, « You » s’applique à respecter un équilibre entre tradition et modernité. Une Afrique moderne, illustrée par une vidéo montrant un continent au travail sur le modèle dit développé. L’artiste, figure incontournable de la world music, est un homme engagé, plusieurs fois ministres, devenu ambassadeur culturel de son pays et au-delà. Descendant de griots dont il a gardé la vocation narrative, la voix légèrement cassée et le charisme indéniable, Youssou N’Dour offre une performance scénique très efficace.

Pour sa soirée de clôture et nuit de l’éclipse de lune, le Festival Marseille Jazz des Cinq Continents  mise sur la fraîcheur, le renouvellement et le décloisonnement. Du trio marseillais Onefoot se dégage une ambiance désuète de jeux vidéo rétro. À moins que ce ne soit le son d’un jazz du futur, tenté par la pop et l’électro, sur une base classique piano-basse-batterie. Changement radical d’orientation avec « Variations » : Jeff Mills, pionnier de la musique électronique et Émile Parisien, saxophoniste du renouveau du jazz français, réinterprètent John Coltrane, registre forcément plus pointu qui varie de la surprise à l’ennui. Sur scène, la rencontre ne semble pas véritablement avoir lieu en dépit d’une créativité et d’un style indéniable.

Continuant dans un esprit d’avant-garde, le Palais Longchamp accueille également GoGo Penguin, trio piano-batterie-contrebasse, venu de Manchester. Cette formation s’applique à fabriquer un jazz moderne, et ancre sa démarche dans des dialogues parallèles entre électronique et acoustique, musiques minimaliste et répétitive, techno et rock. Les derniers invités de la soirée sont religieusement funky. Cory Henry et ses Funk Apostles sont là pour faire danser et cela fonctionne. Star du groupe, l’orgue Hammond renvoie au gospel mais plonge dans les rythmes urbains. Seule ombre au tableau, le chanteur et organiste talentueux, Henry, se pose davantage en meneur de bal à papa avec des reprises disco et soul, qu’en héritier authentique des musiques de ses illustres prédécesseurs.

LUDOVIC TOMAS
Août 2018

Ces deux soirées du Festival Marseille Jazz Cinq Continents ont eu lieu les 25 et 27 juillet au Palais Longchamp.

Photographie : Youssou N’Dour ©Youri Lenquette