Vu par Zibeline

Heavens, Amadeus & The Duke de Raphaël Imbert

Éclats en fusion

Heavens, Amadeus & The Duke de Raphaël Imbert - Zibeline

Tout commence par un stomp de Duke : le sax de Raphaël Imbert file ses croches ballottées avant qu’un blues lascif ne s’enfile à son train et que résonnent les sirènes d’un jazz band… Abrupto, le Quatuor Manfred, rehaussé de la clarinette de Florent Héau, livre un pur classique emperruqué ! Deux univers, ceux d’Ellington et Mozart, semblent s’édifier en parallèle, au fil des premières plages, voire s’ignorer… Pourtant, en tendant l’oreille, on perçoit qu’adroitement le monde de l’un a déjà pénétré, saisi celui de l’autre, par-delà les siècles…
On avait découvert ce travail de la Cie Nine Spirit sur Amadeus & The Duke en 2011, au GTP. Avant cela leur concept avait marié avec bonheur Bach & Coltrane autour d’un mémorable disque (Zig-Zag Territoires, 2008). Il trouve, avec cette seconde galette, un nouveau prolongement vers des terres fusionnelles.
«J’espère contribuer à ce que leurs éclats se fondent en une seule et même lueur» précise Raphaël Imbert. De fait, la fusion opère : l’album trace une piste initiatique, autour de la mise en lumière d’un «classicisme» intemporel, élégant mais profond, au gré d’un sens commun de la fantaisie et de la volonté de dissiper les frontières…
Marion Rampal chante de sa voix grave un bouleversant Lied mozartien façon cabaret quand le batteur Jean-Luc di Fraya joue le fausset-faussaire dans un poignant standard (My Love). Sax et cordes entremêlés inventent un Eden (Heaven), au seuil duquel semblent nous conduire deux gardes surgis d’une Flûte enchantée balancée… Alors, après un funèbre Chopin et la marche statuaire d’un Commandeur réincarné, au chant du cygne testamentaire de Martin Luther King, les barrières s’effacent et l’harmonie règne. Un chemin s’ouvre, possible à tous, vers cette même Lumière maçonnique qui a éclairé les deux musiciens… où même «negro» rime avec spirituel !
Au final, on plane dans l’éther d’un quintette dématérialisé (Thomas Weirich aux platines) avant que l’Ave verum ne se mue en «bœuf» sur le toit d’un temple voué à la Beauté.

JACQUES FRESCHEL

Mars 2013

CD Jazz Village-harmonia mundi JV 570011

www.jazzvillagemusic.com