Cratère Surfaces , un festival dédié aux arts de la rue, à Alès

Échantillons de Cratère Surfaces

• 28 juin 2016⇒2 juillet 2016 •
Cratère Surfaces , un festival dédié aux arts de la rue, à Alès - Zibeline

Après trois jours dans des sites ruraux, le festival Cratère Surfaces s’est installé pour deux soirées à Alès. Revue d’ensemble

Atmosphère étrange à Alès. Vendredi soir, il fait doux, ça sent l’été qui s’installe pour longtemps. Mais les rues sont pourtant presque vides. Ah oui, c’est vrai, il y a match aujourd’hui (Pays de Galle / Belgique) Torpeur un peu mélancolique dans le centre-ville. Et pourtant, Cratère Surfaces, festival consacré aux Arts de la rue, premier du genre en Languedoc-Roussillon, investit pour deux soirs la cité cévenole (voir Zib’96). Où sont-ils, tous ? Les artistes ? Les spectateurs ? Les rumeurs ? Les indices que quelque chose va arriver, ici, au coin de la rue ? Pas de signalétique, pas d’habillage urbain de circonstance : rien n’indique que pas moins de 13 spectacles vont occuper l’espace public. Déambulation un rien inquiète, oreilles aux aguets, à la recherche de la rencontre avec l’événement.

Avec ou sans cravate
Place de la Mairie. On y est. Les trois artistes de la compagnie The Primitives (Allemagne/Belgique) commencent à passer et repasser dans le cercle des spectateurs, feignant de chercher le meilleur moyen d’entrer en scène. Cheveux gris, âge indéterminé, costumes-cravates froissés, raideur faussement maladroite : des clowns un peu Tati, un peu Keaton. Chorégraphié par des gestes aussi simples que rentrer ou non sa cravate dans le pantalon, c’est un ballet de l’absurde et des conventions, pince sans rire et lunaire, qui amuse sans véritablement surprendre.
Derrière le bâtiment de la Scène nationale Le Cratère, au cœur d’Alès, une tout autre esthétique investit l’espace. Il faut y pénétrer en écartant une barrière d’élastiques multicolores. Nous entrons dans le domaine de Arts’R’Public. Quatre artistes venus de Marseille, Hambourg, Marrakech et Gênes, avec huit jeunes volontaires arrivés des quatre villes, nous entrainent dans le royaume de la tente jetable. Suspendue le long du mur, dégoulinant de bouteilles en plastique vides, remplie d’objets, investie par un écran de télévision… Ambiance de squat, d’errance, sur fond d’atelier pour enfants, invités à une sorte de chasse aux objets plutôt obscure. On ne comprend pas grand chose à tout ce bric-à-brac : sujet fort, ambition internationale et sociale intéressante, c’est comme si le public avait été convié un peu trop tôt, que c’était à lui de se poser les questions tout juste effleurées par la compagnie.
Helmut von Karglass (Autriche) suscite un rire jaune foncé devant le Cratère. Beaucoup de monde pour suivre les tribulations de ce provocateur qui peut se permettre, arguant de sa nationalité, des remarques très sulfureuses à propos d’expériences médicales menées il y a 70 ans… Terrain très glissant, pas toujours traversé avec la grâce requise pour ce genre d’exercice périlleux.

Helmut Von Kar Glass©Le Cratère
photo : Helmut Von Kar Glass © Le Cratère

Heureuse gravité
Ouf : un courant d’air(s) nous est offert par la fanfare Captain Panda (France), rythmée par le phrasé du trompettiste qui scande ses appels et refrains dans un porte voix. Sonorités salvatrices, entrainantes, jubilatoires des cuivres et des percussions. On danse sur la pelouse du square Gabriel Péri. Les trombones à coulisse couvrent les commentaires du match qui se déroule juste à côté, sur les écrans géants des terrasses des cafés de la place. Nourrissant mélange d’ambiances.
En fin de parcours, Gravity.0, création (co-production du Cratère) du chorégraphe montpelliérain Yann Lheureux, rassemble le public sur le parking de la place. Près de 1 000 personnes s’imprègnent d’une envoutante plage sonore (A. Bertrand) autour de quatre pylônes qui dessinent un espace portuaire (scénographie : E. Debeuscher). Un trampoline, quelques planches de chantier, des cordes suspendues aux tours de métal. Cinq hommes s’emparent de l’espace. Une heure d’un spectacle très physique, engagé, généreux. Des images qui nous parlent de destin partagé, de désir d’ensemble. Les interprètes dansent, portent, rebondissent, gravissent et gravitent avec une puissance qui subjugue. Et, dans cette démonstration de force, de précision, de risque, c’est une impression de légèreté qui s’échappe et s’impose, avec un humour qui dépasse toutes les lois de la gravité.
ANNA ZISMAN
Juillet 2016

Le festival Cratère Surfaces s’est tenu du 28 juin au 2 juillet à la Scène nationale d’Alès, et à Anduze, Corbès et Marsillargues

photo : Gravity 0 © Le Cratère