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Opéra. Une élégante production de Cosi fan tutte à Marseille du 19 au 28 avril !

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Opéra. Une élégante production de Cosi fan tutte à Marseille du 19 au 28 avril ! - Zibeline

Cosi fan tutte est un opéra qui, s’il prend la forme d’un marivaudage amoureux, avec ses jeux de masques et pièges libertins, explore comme jamais les tourments du cœur. Mozart suit à la lettre le livret de Lorenzo da Ponte, tend entre mots et notes un tissage serré, singulier, où les ensembles vocaux, mariant les genres « seria » et « buffa », figurent parmi les plus réussis du répertoire.

Disons-le, la morale de l’histoire, aujourd’hui, a du mal à passer : l’égalité des conditions hommes/femmes n’étant pas une préoccupation prioritaire chez les penseurs, tout philosophes qu’ils étaient, à la fin du 18ème siècle. Et la mise en scène de Pierre Constant n’apporte pas de regard critique sur une fin, de ce point de vue-là, bien immorale : les deux femmes jurant d’entrer dans le rang, confessant, honteuses, leur erreur, promettant d’aimer à jamais leur époux respectif, alors que ces derniers, tout aussi infidèles, et au prétexte d’un pari échangiste, ont commis la même faute ! Seule, dans Cosi fan tutte, Despine porte heureusement un regard critique sur la gente masculine… et c’est sans doute ce qui sauve l’ouvrage aujourd’hui.

IMG_6374 photo Christian DRESSE 2016

Au demeurant, la production, conçue à l’Atelier Lyrique de Tourcoing et jouée à Marseille fin avril s’avère d’une grande qualité. Sur le plan visuel, le décor unique (Roberto Platé) et orientaliste (à la manière de certains peintres de la seconde partie du 19ème siècle) est superbe : il figure tantôt un hammam, une chambre, un salon… Les jeux de lumières (Jacques Rouveyrollis) et de perspectives, au moyen de grandes ouvertures en persiennes, sont élégantes, tout comme les costumes réalisés par Jacques Schmidt et Emmanuel Peduzzi. La direction d’acteur s’inscrit dans un esprit de fidélité à l’œuvre originelle, sans relecture hasardeuse. Et la distribution est remarquable. Les chanteurs s’avèrent à la fois de bons acteurs et musiciens capables des mouler leur pâte vocale dans des ensembles pas toujours faciles à régler avec précision, souplesse et équilibre. Marc Barrard est un Don Alfonso machiavélique et humain quand Ingrid Perruche incarne une Despina effrontée et truculente. Le quatuor amoureux et interchangeable séduit la grande salle de l’Opéra de Marseille : Quanqun Yu (Fiordiligi) par sa rondeur vocale élastique, Marianne Crebassa (Dorabella) la profondeur de son timbre et une belle aisance dans la comédie, Frédéric Antoun (Ferrando) en ténor mozartien luxueux et Josef Wagner (Guglielmo) par sa présence résolue et magnétique. Le Chœur (relégué ostensiblement en coulisse) et l’Orchestre de l’Opéra de Marseille enrobent l’ensemble d’une pâte tantôt délicate ou vigoureuse, sous la direction experte de Lawrence Foster. Un vrai succès !

JACQUES FRESCHEL

Avril 2016

Cosi fan tutte du 19 au 28 avril. Opéra de Marseille

Photo © Christian Dresse


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