Critique: Aimé du Festival de La Roque d’Anthéron, Nikolaï Lugansky
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Aimé du Festival de La Roque d’Anthéron, Nikolaï Lugansky

Eaux inspirées

Aimé du Festival de La Roque d’Anthéron, Nikolaï Lugansky  - Zibeline

Habitué de La Roque d’Anthéron, Nikolaï Lugansky proposait pour l’édition 2018 du Festival une entrée consacrée à Claude Debussy dont on célèbre l’anniversaire de la mort cette année (1862-1918). La Suite bergamasque, dont le titre n’est pas sans rappeler Verlaine (« Votre âme est un paysage choisi /Que vont charmant masques et bergamasques », Clair de lune), offrait au pianiste sa palette colorée, rubato joyeux du Prélude, légèreté du Menuet, dans sa mise en scène dansante, intensité poétique du Clair de lune qui doit tant au poète, fluidité élégante, rêverie, avant la joie arpégée du Passepied… Le jeu du soliste devient ondoyant pour l’hymne à la vie de L’Isle joyeuse (Debussy) inspirée par une œuvre de Watteau, Le Pèlerinage à l’île de Cythère, se moire de reflets solaires, se teinte de frivolité, de tendresse, d’aspirations, de frémissements, brosse un tableau impressionniste lumineux peuplé d’échos auxquels semble répondre naturellement la Barcarolle en fa dièse majeur op. 60 de Chopin. Le lyrisme de la pièce, ses frissonnements, sa subtile tendresse sont rendus avec finesse. Touches caressées, effleurées, nimbent d’un or liquide cette « chanson de bateau » vénitienne… La virtuosité de Lugansky réside aussi là, parce qu’elle sait se faire oublier, au service d’une expression dense. Le thème marin se poursuivait avec la Sonate-fantaisie de Scriabine dont les deux mouvements évoquent la mer calme puis la tempête où les mains semblent s’envoler sur les touches. Neuf extraits des Préludes (du n° 5 au n° 13 de l’opus 32) de Rachmaninov venaient clore ce programme exigeant. Courts médaillons ciselés, ils sont dotés chacun d’une tonalité, d’une atmosphère propres, que le soliste expose avec une délicate acuité, entrant d’emblée dans chaque univers, diamants taillés, où tout prend sens et profondeur. Généreux, le pianiste accordait la magie de trois bis à un public subjugué, deux pièces de Debussy, Arabesque n°1, Jardins sous la pluie et le Prélude n°7 opus 23 de Rachmaninov. Feu d’artifice dont il est impossible de se lasser !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2018

Concert donné le 5 août, parc du Château de Florans, dans le cadre du Festival international de piano de La Roque d’Anthéron.

Photographie : Nicolaï Lugansky © Christophe GREMIOT