Le 38e Festival Tous courts, inauguré par son Président Guy Astic et conçu par sa directrice artistique Laurence Vivarelli et son équipe, s’est tenu en ligne, gratuitement

E-court, e-court le festivalVu par Zibeline

Le 38e Festival Tous courts, inauguré par son Président Guy Astic et conçu par sa directrice artistique Laurence Vivarelli et son équipe, s’est tenu en ligne, gratuitement - Zibeline

La séance d’ouverture, très bien composée (avec ses 7 films), permettait à chacun de trouver un sujet, une forme, un style, qui lui est cher. Ainsi dans Particules fines de Grégory Robin, nous sommes en plein absurde existentiel. Deux copains sur un pont au dessus d’une autoroute projettent de jeter un inconnu  par-dessus la rambarde pour, peut être, se sentir enfin vivants. Un homme arrive sur ce pont… Il veut se suicider… que faire ?

La Portugaise Leonor Teles dans Cães que ladram aos pássaros pointe les problèmes que pose la gentrification à Porto. Certains sont expulsés. Le jeune et superbe Vicente Gil ne veut quitter ni son quartier, ni sa maison. C’est sur son skate qu’il parcourt sa ville, et c’est par ses yeux que nous la découvrons.

« Avant j’aimais la neige… » confie la voix d’une femme. Avant, il y a 28 ans, quand son fils n’avait pas été tué. Depuis, Bonnie peaufine sa haine et attend que le meurtrier soit exécuté. Quand ce jour arrive, elle traverse les USA avec sa fille qu’elle agresse sans cesse, pour assister à la mise à mort. Lindsay Duncan joue à merveille cette femme cassée et violente dans November 1st de Charlie Manton.

Après le très court Concatenation de Donato Sansone, construit comme une  machine de Rube Goldberg, l’animation collective Hors course et Dignity du Chinois Guangming Huang, tout en nuances, la séance s’est terminée avec le très beau documentaire d’Hippolyte Leibovici, Mother’s, le portrait d’une famille de drag-queens bruxelloises. Une histoire d’acceptation, de soi par rapport aux autres. La relation entre Maman, la plus ancienne, et Kimi qui n’a jamais osé dire à ses parents qu’il est drag-queen, souligne le fossé des générations mais aussi leur rencontre. Et quelle belle idée que La Cène où les drag-queens remplacent les apôtres ! Le spectacle final au Cabaret est splendide et on aurait voulu qu’il continue longtemps.

Cavalcades

Parfois à l’intérieur d’une compétition, d’un film à l’autre se crée, volontaire ou fortuit, un lien thématique. Ainsi, la Compétition 2 qui fait vivre quatre femmes saisies dans un moment de crise, de vertige, de trouble. Witness d’Ali Asgari nous emmène à Téhéran, ville moderne, embouteillée, aux malls immenses. Une mère part échanger la robe blanche qu’elle a achetée à sa fille contre une rouge. La démarche se complique : parking impossible, attentes inopinées jusqu’à une bonne action qui tourne à l’homicide involontaire. Du blanc au rouge. D’une innocence au poids silencieux d’une culpabilité. Le rapport mère-fille bascule et le film fait de nous, comme de l’enfant, des témoins d’un drame et d’une société où la mauvaise conscience affleure.

Plus souriant, Loca de María Salgado Gispert, raconte une histoire folle entre une femme de ménage intérimaire dans un collège et un prof de roller. Effets comiques des dissonances ou résonances entre ce qu’elle écoute, leçon de mieux-être ou apprentissage du français et de ses gestes pour laver un sol sans cesse souillé par les cavalcades. « Je m’accepte comme je suis lui » lui soufflent les voix enregistrées. De quoi couper les appels téléphoniques de sa fille qui réclame de l’argent. Et vivre, elle, la femme mature malmenée par l’existence, en riant aux éclats, cette love affair.

Filmé comme un film fantastique, croisant les points de vue d’un enfant autiste et de ses parents, entre rêve et cauchemar, À travers les murs de Larissa Corriveau est un film coup de poing. La folie de l’enfant qui détruit la famille ouvre soudain à Marie, cette mère à bout de forces, un univers de beauté. Enfin, dans Tout est à sa place de Nikola Stojanovic, c’est autour d’un anniversaire qui se rêve parfait que nous rencontrons la belle Jovana aux amants virtuels et à l’Ex immature, flanquée d’une fille adolescente qui ne lui pardonne pas grand chose. Iranienne, espagnole, canadienne, serbe, des figures féminines qui demeurent dans la mémoire comme si nous les avions réellement croisées.

ÉLISE PADOVANI et ANNIE GAVA
Décembre 2020

Photos : Mother’s d’Hyppolyte Leibovici © Mademoiselle Productions ; Loca de Maria Salgado Gispert © Selected films.

Le Festival Tous courts s’est tenu en ligne du 2 au 6 décembre

Rencontres Cinématographiques d’Aix en Provence
Festival Tous Courts
Espace Forbin
1, place John Rewald
13100 Aix-en-Provence
04 42 27 08 64
http://www.festivaltouscourts.com/