Un séminaire pour préparer l'exposition du Mucem à venir en 2019, Le temps de l'île

D’une île l’autre…Vu par Zibeline

• 9 février 2018 •
Un séminaire pour préparer l'exposition du Mucem à venir en 2019, Le temps de l'île - Zibeline

Une exposition ça se construit, et 2019 verra se déployer au Mucem Le Temps de l’île dont Guillaume Monsaingeon et Jean Marc Besse, maîtres d’œuvre, établissent les bases à travers une série de rencontres préparatoires, séminaire de réflexion et d’échanges autour et avec cet objet un peu flottant qui traîne avec lui depuis toujours rêves et fantasmes. Comment alors envisager « l’île » comme un outil pour comprendre (un peu) le monde ? La séance du 24 novembre exploitait quelques pistes du déplacement métaphorique et croisait les pratiques très diverses d’un artiste, d’un géographe et d’un architecte. David Renaud prend sereinement la cartographie maritime à l’envers et, puisque toute île est la terre et inversement, nous perd délicieusement dans du bleu à l’infini multipliant le vertige pascalien ; nous rassure par des épaisseurs cartonnées de courbes de niveau à échelle raisonnable ; nous guide en un bel itinéraire intérieur grâce aux peintures sur papier de coordonnées GPS des îles Désappointement, Possession ou Déception… à bon regardeur salut ! Avec beaucoup d’humour, Christian Germanaz fait filer la métaphore « sous le souffle de l’alizée » et met l’insularité en abyme en traitant de « l’îlet » de la Réunion, mot masculin qui se prononce comme s’il était féminin et petite île dans la grande : à la fois lieu et forme d’habitation du centre et des « hauts », lié au marronnage et à la montée des « petits blancs » exclus des grandes exploitations ; difficile d’accès et constitué d’éléments invariants, l’îlet concentre depuis longtemps l’essentiel des clichés générés par l’insularité, de l’Eden en miniature à la dégénérescence supposée et devient, ironie de l’exposition touristique, le dernier refuge patrimonial de « l’âme créole » ! Philosophe, architecte et familier des îles du Ponant, Sébastien Marot embarque l’auditeur dans un brillant exposé dont les ellipses virevoltantes et à tiroirs constituent un parcours palpitant à partir de la Cornell University d’Ithaca -île analogique s’il en est !-, où se croiseront dans les années 1970 trois personnalités incarnant des courants complémentaires de l’architecture moderne, dont Mathias Oswald Ungers et Rem Koolhaas qui se retrouveront autour d’un projet sur « l’archipel vert » de Berlin, ville que son Mur et son isolement constituent en nouvelle Utopie ; urbanisme métaphorique et manifestes comme le Collage City de Colin Rowe empruntent aussi à la figure ou au lexique de l’île et en font définitivement un modèle opératoire pour construire un espace à vivre. Ce séminaire aux horizons dégagés se poursuivra le 9 février avec une réflexion sur l’évolution des modes de vie insulaires.

MARIE JO DHO
Décembre 2017

Le séminaire L’île comme métaphore et comme modèle s’est tenu le 24 novembre au Mucem, Marseille

Photo : Maldives -cc0- Creative Commons

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