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"La robe blanche" de Nathalie Léger aux éditions P.O.L. : destins de femmes brisées par la guerre et le divorce

D’une blancheur bafouée

Peut-on vraiment effacer les blessures des guerres et la douleur d’une épouse rejetée publiquement ? Peut-on envisager l’oubli définitif de toutes ces souffrances ? N’en reste-t-il pas une trace indélébile, lancinante dans la chair et le cœur ? Nathalie Léger évoque ces situations en mettant en écho le destin d’une artiste italienne performeuse, Pippa Bacca, et la vie brisée par un divorce de la mère de la narratrice. La première, de son vrai nom Giuseppina Pasqualino di Marineo, 33 ans, est partie de Milan, vêtue d’une robe de mariée, de son trousseau et de quelques objets de nécessité. Direction Jérusalem, pour traverser en stop onze pays livrés aux conflits armés et leur apporter un message de paix et d’amour. C’était le 8 mars 2008. Le 31 mars elle disparaît… La seconde a non seulement été abandonnée par son mari, amoureux d’une autre, mais humiliée par un divorce pour incompétence et non-respect des lois du mariage, accablée par les faux témoignages de son entourage. Réduite à la misère avec quatre enfants. Le 24 octobre 1974 l’offenseur s’est mué en offensé, la répudiée en responsable de son abandon. Le blanc immaculé et lumineux de la robe de mariée devient le froid linceul de ces deux femmes. La mère revêt la robe froissée auréolée de tulle, extirpée d’un sachet de papier, puis demande à sa fille de faire justice en lui donnant le dossier du divorce, reliquaire de sa vie brisée.

Ces deux destins se font face autour d’une robe à la blancheur symbolique, une robe salie, bafouée ; les deux récits s’imbriquent. L’auteure évoque les performeuses des années 60/70 qui mettaient leurs corps en scène, souvent dangereusement, pour témoigner de la violence faite aux femmes, où l’horreur et l’absurde sont souvent confondus.

CHRIS BOURGUE
Octobre 2018

La robe blanche
Nathalie Léger
P.O.L., 16 €