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L’homme à l’étui, un grand moment au Théâtre Toursky, dans le cadre du Festival Russe

Du théâtre comme un opéra

L’homme à l’étui, un grand moment au Théâtre Toursky, dans le cadre du Festival Russe - Zibeline

Refermant la page du spectacle vivant du Festival Russe du Toursky, le Théâtre National de Saint-Pétersbourg porte sur les planches la nouvelle de Tchekhov, L’homme à l’étui, dans une mise en scène décapante de Georgy Vasilyev. Ici, les voix des acteurs sont utilisées comme celles de chanteurs d’opéra, avec leurs phrasés particuliers, leurs ruptures rythmiques, leurs accélérations, les retours de leitmotive, les termes répétés en échos, sans compter l’intrusion de chansons populaires qui savent faire avancer le récit au même titre que les narrations et les dialogues. La pièce s’ouvre sur une scène de chasse, deux anciens amis se rencontrent, évoquent leurs souvenirs, dont celui de Belikov, récemment disparu. Un long retour en arrière retrace les derniers temps de ce personnage, professeur de grec ancien, qui affirme « je déteste la réalité, le présent est horrible ». Engoncé dans l’austère sévérité des convenances, il est comme enfermé dans leur étui étroit : scrupuleux jusqu’à l’absurde, il a su imposer une véritable dictature dans la ville où il vit, obligeant chacun, à son exemple, à suivre la rigueur immuable des règlements. Affublé  de son éternel pardessus, il craint seulement « qu’il arrive quelque chose »… Serait-ce le mariage avec la belle Varia, sœur de l’un de ses collègues professeur, Kovalenko, qu’il n’apprécie guère ? La voix peu nuancée de la jeune femme, son ignorance des lettres et son esprit qui semble ne se limiter qu’à l’énonciation de recettes roboratives, n’empêchent pas Belikov de la comparer à une Aphrodite née des flots à qui il tente vainement d’inculquer des rudiments de vocabulaire grec. Des cauchemars commencent à le hanter, en une mise en abyme théâtrale qui souligne la vacuité des apparences. Il abandonne pourtant son projet matrimonial car il a vu Varia à bicyclette, activité incompatible avec la bienséance… Sa fin suit rapidement sa propre disgrâce : une chute lui fait croire être devenu la risée de tous, il en meurt. Le rideau composé de longues planches de bois qui délimitait à l’incipit le devant de scène et le lieu où se déroulait l’évocation de cette histoire se referme, laissant dans la pénombre les fantômes du passé. Un grand moment de théâtre.

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2019

L’homme à l’étui a été donné les 15 & 16 mars au Théâtre Toursky, Marseille, dans le cadre du Festival Russe.

Photo : L’homme à l’étui c X-D.R.


Théâtre Toursky
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