Nicolas Bourdoncle ouvre la deuxième session des Nuits Pianistiques avec brio

Du RomantismeVu par Zibeline

Nicolas Bourdoncle ouvre la deuxième session des Nuits Pianistiques avec brio - Zibeline

Romantique en diable, le programme choisi par le jeune pianiste Nicolas Bourdoncle ne s’épargne aucune difficulté, du point de vue de l’exécution comme du point de vue de l’interprétation. La Sonate en la mineur n°14 s’impose ainsi avec grâce en première partie de concert. Ses deux premiers mouvements privilégient le chant, semblable ici à un cantus firmus sur lequel s’érigent des plans d’une netteté admirable : l’Allegro giusto est ici joué avec un élégant sens de la temporisation qui en laisse appréhender toute la complexité rythmique, suivi d’un Andante plus ouvertement lyrique, qui mise peut-être cependant un peu trop à notre goût sur la lenteur. Sur le troisième et dernier mouvement, des lignes conjointes s’échappent avec grâce du centre, la vélocité s’impose : les souvenirs harmoniques et mélodiques des débuts ressurgissent comme galvanisés par une énergie nouvelle. Cette émouvante réappropriation de Schubert est suivie d’une lecture plus incisive de Liszt de son célèbre Après une lecture du Dante. Les blocs harmoniques et leurs renversements s’enchaînent à toute vitesse pour mieux laisser émerger les thèmes du Paradis et de l’Enfer, surgissant d’un instant à l’autre comme pour mieux figurer l’effet-ascenseur emblématique du poète italien. La clarté est ici de mise, mais ne se défait jamais d’un sens aigu du lyrisme. Au retour de l’entracte, c’est à Schumann que Nicolas Bourdoncle s’attaque, et plus précisément à ses Études Symphoniques : études qui n’auront pas volé leur requalification d’Études en forme de variations. Versatile, lorgnant autant du côté de l’harmonie, des accords arpégés et lignes octaviées que du contrepoint et de la fugue, l’écriture se fait ici insaisissable, à la fois cadrée dans sa forme linéaire et redoutablement étrange dans sa langue même. La fermeté du toucher alliée ici à l’épure de la mélodie accompagnent savamment cette partition si redoutable techniquement comme thématiquement parlant. Rasséréné par de chaleureux applaudissements, le jeune pianiste donne en bis une Ballade de Chopin du même tonneau : d’une solidité et d’une générosité à toute épreuve. On en redemande !

SUZANNE CANESSA
Août 2021

Concert donné le 27 juillet, dans le cadre des Nuits Pianistiques à Aix-en-Provence.

Photo © D.R.