«Eins Zwei Drei», slapstick à l’énergie punk, mis en scène par Martin Zimmermann

Du punk un rien bluff(ant)Vu par Zibeline

«Eins Zwei Drei», slapstick à l’énergie punk, mis en scène par Martin Zimmermann - Zibeline

On a connu le circassien Martin Zimmermann par ses collaborations avec le compositeur Dimitri de Perrot (Öper Öpis, 2008 ; Hans was Heiri, 2012…). Des partitions échevelées à l’énergie foutraque, d’où pointait une sauvage élégance formelle. Il en reste chez le metteur en scène suisse, désormais seul aux commandes, l’amour des scénographies mouvantes et explosives agencées autour de grands aplats de couleur -ici le noir, le  rouge et le blanc. Cette fois, il ordonne son petit musée outrancier, symbolisé par des cadres dorés accrochés à une cimaise, vides et de guingois. M. Loyal vociférant, le comédien Tarek Halaby tente d’y canaliser ses compagnons de jeu : l’acrobate Dimitri Jourde, méconnaissable (vu récemment auprès de Jean-Baptiste André dans Deal, lire ici) et l’époustouflant contorsionniste Romeu Runa. Les deux premiers rejouent l’éternel binôme du clown blanc et de l’Auguste ; et Jourde s’y entend, glissant inlassablement sur le plancher, multipliant chutes et grommelot.

Ce slapstick à l’énergie punk revendiquée, contrebalancé par des décors sophistiqués un brin démesurés, réserve d’excellentes surprises : des mains qui crèvent littéralement le sol de faux stuc, pour faire éclore une créature des planches ; des tableaux humains saisissants, figés sous un stroboscope ; l’inflexibilité d’un gardien, qui dépouille littéralement un visiteur penaud au portique de sécurité… On se tord, on grimace, on lèche des pieds -de préférence les siens-, on bouscule les éléments, jusqu’au musicien Colin Vallon qui pince les cordes de son piano à queue. Mais cette débauche ne suffit pas à embarquer sur la longueur, sauf à accepter que, malgré les apparences, Eins Zwei Drei se présente comme un hommage au cirque dans sa forme la plus traditionnelle : une succession de saynètes hétéroclites, misant tout sur la monstration de performances portées par d’éclatantes personnalités. 

JULIE BORDENAVE
Mars 2020

Eins Zwei Drei se jouait les 3 et 4 mars au ZEF, Marseille

Photo : Eins Zwei Drei © Augustin Rebetez