Le film de Boris Svartzman, Une nouvelle ère, inaugure la 17e édition du festival Image de ville

Du passé faisons table rase !

Nouvelle ligne éditoriale pour la 17e édition du festival Image de ville, et nouveaux lieux, dont celui qui accueillait la soirée inaugurale du 7 novembre : le théâtre Antoine Vitez à Aix-en-Provence. Avec le film de Boris Svartzman, Une nouvelle ère, assorti du débat entre le réalisateur, Isabelle Régnier critique architecture et les deux architectes du collectif Khora, on est entré dans le vif du sujet : la condition humaine devenue condition urbaine pour la majorité de la population mondiale. Boris Svartzman, photographe, diplômé de chinois et de sociologie, trouve avec ce premier long métrage la conjonction du texte et de l’image, finalisant 7 ans de réflexion et d’enquête auprès des villageois de Ghanzhou. Cette île fluviale près de Canton, condamnée par le gouvernement à devenir « île écologique » c’est à dire à être rasée pour la construction de barres d’immeubles, d’hôtels de luxe et d’un parc touristique. En Chine l’urbanisation se fait à marche forcée. Sauf que dans ce coin-là, les villageois ont résisté. Certains ont refusé de signer les actes d’expropriation, intenté des recours, squatté les maisons des Chinois de la diaspora, que les autorités n’ont pas osé détruire. Le réalisateur filmant en catimini, sous couvert d’une prétendue étude sur le mode de vie rural, séjour après séjour, établit des liens d’amitié avec ces ruraux victimes des décisions centrales, des promoteurs avides et d’une corruption endémique. Se fait passeur de leur colère et de leur parole face caméra, singulièrement critique et libérée face « au grandiose Parti communiste chinois » qui promet cyniquement « une harmonie saine, efficace ». Devient témoin des violentes pressions et du harcèlement quotidien qu’ils subissent. À leur mode de vie de pêcheurs et cultivateurs, survivant au milieu des ruines de leur maisons ancestrales envahies d’herbes folles, à leur simple humanité, s’oppose un pouvoir sans visage et sans état d’âme incarné par des tours semblant s’ériger seules, toutes semblables et vides. Une dystopie emblématique et cauchemardesque de ce qui se passe dans un pays où pour réécrire l’Histoire, on oublie, comme le dit un des villageois de Ghanzhou, qu’il n’y a pas de présent sans passé.

ELISE PADOVANI
Novembre 2019

Image de ville se poursuit jusqu’au 17 novembre à Aix-en-Provence, Marseille, Martigues et Port-de-Bouc

imagedeville.org

Photo © Boris Svartzman


Théâtre Antoine Vitez
29 Avenue Robert Schuman
13100 Aix-en-Provence
04 42 59 94 37
http://theatre-vitez.com/