Vu par Zibeline

Sur le papier, je pourrais tuer, spectacle des étudiants en Arts du spectacle de l’Université d’Aix-Marseille

Du papier à la scène

• 9 mars 2015⇒14 mars 2015 •
Sur le papier, je pourrais tuer, spectacle des étudiants en Arts du spectacle de l’Université d’Aix-Marseille - Zibeline

Sur le papier, je pourrais tuer, déclare abruptement le titre du dernier spectacle des étudiants du cursus de formation Arts du spectacle de l’Université d’Aix-Marseille. Amateurs d’hémoglobine et autres sensations dites fortes, cette représentation n’était pas pour vous ! Cependant vous auriez perdu l’occasion d’applaudir de superbes acteurs dans l’interprétation de grands textes, classiques et contemporains. Cette année, le metteur en scène professionnel invité, (sous la responsabilité duquel est créé le spectacle), était Mirabelle Rousseau, qui fait partie des fondateurs de la compagnie T.O.C. (Théâtre Obsessionnel Compulsif), dont elle assure les mises en scène. À cela ajoutez une équipe complète, outre les dix-sept acteurs, deux assistantes, une chargée de production et de médiation, deux créateurs lumières et sons, un régisseur général, un scénographe, deux responsables costumes, une accessoiriste… Bref, une production de A à Z et d’une remarquable tenue. Entre le XVIIème et le XXème, un grand écart, certes, direz-vous, tant pour le contexte que pour l’esthétique, mais … des liens, des correspondances transparaissent. Chacune des courtes pièces pose son regard sur le théâtre, dans un effet de distanciation qui pousse les acteurs à réfléchir sur l’objet même de leur travail. L’Impromptu de Versailles montre un Molière face au mécontentement de ses acteurs qui n’ont pas eu le temps de répéter. Il en profite pour justifier son jeu autant que pour expliquer les impératifs auxquels il est soumis, dans un mouvement de théâtre dans le théâtre virtuose. Le jeune Quentin Delplanque campe ici un Molière éblouissant. La mise en abîme du travail de création se retrouve adaptée avec une belle verve et une mise en scène out aussi pertinente et originale dans Je voudrais être légère de Jelinek, (Claire Viscogliosi porte avec une belle justesse un personnage difficile), puis dans Catastrophe de Samuel Beckett où un metteur en scène excentrique (inénarrable Julien Mersseman) impose de véritables diktats à son assistante affairée (Salomé Rousseau), enfin les personnages de Thomas Bernhard, Claus Peymann et Hermann Beil sur la Sulzwiese (respectivement Guillaume Lauro-Lillo et Maxence Grégoire) se livrent, ou plutôt, le premier impose au second d’interminables palabres sur l’artificiel, le naturel, les « bousilleurs » de Shakespeare, tout en mangeant une « escalope viennoise »… On ne saurait trop insister sur la qualité de jeu de ces jeunes acteurs, leur capacité à trouver le ton juste, la mimique adéquate, et à occuper l’espace scénique de manière signifiante. De bien beaux débuts !

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2015

Vu le 10 mars, théâtre Antoine Vitez, Aix-en-Provence

Photo : copyright Théâtre Vitez


Théâtre Antoine Vitez
29 Avenue Robert Schuman
13100 Aix-en-Provence
04 42 59 94 37
http://theatre-vitez.com/