Vu par Zibeline

Du Jazz pour une Ville Monde

 - Zibeline

Les amateurs de jazz sont venus nombreux, une fois de plus, pour cet événement important cher à notre ville. Le lieu a perdu un peu de sa superbe, les bassins et jets d’eaux étant à sec pour cause de grands travaux, mais une fois franchies les marches d’accès, on se retrouve dans les jardins et on aperçoit la scène, avec ses deux  écrans additionnels qui permettent aux spectateurs plus éloignés des musiciens de vivre au plus près les moments intenses des nombreux concerts programmés pour cette 13ème année du Festival Jazz des 5 continents.

Une ouverture de festival avec deux concerts gratuits au bas de la place Bargemon où l’on a eu l’occasion de découvrir les trois chanteuses du groupe Doodlin’, d’entendre une proposition de Raphaël Imbert aux sons de la Nouvelle-Orléans, et d’admirer Sarah Quintana, chanteuse et guitariste, dégageant un entrain et une joie de jouer particulièrement communicative.

Première soirée de stars au Jardin du Palais Longchamp avec d’abord un duo improbable entre violoncelle et kora, deux mondes en dialogue entre Vincent Segal et Ballaké Sissoko, suivi du 4tet Unity Band de Pat Metheny. Un concert très aérien où l’on a pu entendre une guitare de sa fabrication, avec deux manches et d’innombrables cordes produisant des harmoniques inédites et des séquences d’improvisations déroutantes. La soirée s’est poursuivie, pour les plus téméraires au Radisson Blu Hotel sur le Vieux Port où le trompettiste Christophe Leloil, le saxophoniste baryton Thomas Savy, Cédric Bec à la batterie et Simon Tailleu à la contrebasse ont concocté une session jazz ouverte sur les thèmes chers à Gerry Mulligan. Cette réunion a pris un caractère surprenant dès l’arrivée des musiciens de Pat Metheny à l’hôtel où l’on a pu voir le saxophoniste Chris Potter s’asseoir à la batterie tandis que le contrebassiste Ben Williams prenait place derrière le piano. Un after-hours époustouflant !

On bascule vers la méditerranée orientale pour la troisième soirée avec le libanais Ibrahim Maalouf et sa fameuse trompette ¼ de ton en conversation avec la trompette de Youenn Lecam, puis le trio israëlien d’Avishai Cohen. Lors de la quatrième soirée la mémoire de la chanteuse et pianiste Shirley Horn, disparue en 2005, a été honorée par la voix de Térez Montcalm dans une soirée dédiée aux femmes avec en seconde partie Stacey Kent au charme américain et à la douceur très frenchy.

Une soirée pour se bouger le corps, au caractère funky, pour le 5ème jour de festival, avec Al Jarreau, dans un retour très en forme pour le chanteur légendaire, suivi par le non moins célèbre Earth Wind and Fire Experience qui poursuit une longue vie de soul et de jazz, régénérée par l’apport de sang neuf régulier depuis sa création par Maurice White. L’After concert au Radisson a vu certains de ces musiciens remonter sur scène pour le plus grand bonheur des noctambules !

Après un dimanche pour se recharger les batteries, changement de décor le lundi soir, et direction le Silo, pour le concert survolté de Robin McKelle. Sonorités très Rythm’n’Blues, la chanteuse embrase la salle littéralement. Un homme entre en scène, couvert d’une cagoule et casquette, c’est Gregory Porter, un géant, inconnu ou presque, il est l’auteur d’un futur standard garanti ! Nineteen Sixty What ? La soirée s’étire avec de belles chansons encore et de grands duos qui ont enthousiasmé la salle. L’après concert au Radisson n’en a été encore que plus riche de moments inoubliables.

Une autre soirée avec un beau duo entre trompette et piano avec Paolo Fresu et Omar Sosa puis le concert de Bobby McFerrin et le Band non moins légendaire Yellowjackets que l’on avait pu entendre à Châteauvallon il y a quelques années accompagné alors du guitariste Mike Stern. La musique de bouche de Bobby McFerrin est toujours aussi spectaculaire.

Ce Festival Jazz des 5 Continents se termine en apothéose avec l’apparition d’un musicien plus que légendaire, un dieu du saxophone ténor : Sonny Rollins. Décoré récemment par Barack Obama pour sa carrière de musicien, il a aujourd’hui plus de 80 ans et bien que ses déplacements soient difficiles, c’est dans son jeu qu’on retrouve une incroyable fluidité et ce son si caractéristique. Une couleur de guitare qui rappelle les années 1962, notamment dans un enregistrement de l’album The Bridge, portée par un percussionniste et un batteur, Kobie Watkins, grandiose. Un final de festival qui marquera à jamais les mémoires.

DAN WARZY

juillet 2012

 

Le Festival Jazz des Cinq Continents 2012 a eu lieu à Marseille du 17 au 25 juillet