Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

Réédition de Billy le menteur de Keith Waterhouse par les éditions du Typhon

Du fragile édifice de la fiction

Vérifier les jours off sur la période
Réédition de Billy le menteur de Keith Waterhouse par les éditions du Typhon - Zibeline

Ériger le mensonge en œuvre d’art… Un quasi pléonasme en littérature ! Le seul souci consiste à préserver une cohérence pour que le mensonge ne soit pas détecté involontairement ! Les éditions du Typhon poursuivent leur travail de réédition des auteurs que la critique des années 50 classa sous le nom de « Jeunes hommes en colère » et offrent à la lecture une œuvre culte en Angleterre, Billy le menteur de Keith Waterhouse (Billy Liar, 1959). Le roman suit tout au long d’une unique journée Billy Fischer, modèle de l’anti-héros. Ce dernier travaille dans une entreprise de pompes funèbres, vit chez ses parents, se commet dans un pub avec un spectacle de blagues plus ou moins foireuses, rêve de quitter sa petite ville du Yorkshire pour Londres à la suite de la réponse que lui a faite un humoriste – un certain Dany Boon (rien à voir avec l’actuel) qui l’attendrait… L’écriture, en un brillant point de vue interne qui nous perd à loisir, suit les méandres de la pensée de ce personnage qui ne cesse de reconstruire la réalité dans laquelle il évolue au point de s’y fourvoyer. On le voit choisir la réplique qu’il songe la plus appropriée parmi le panel de celles qu’il a concoctées par avance, (« Mon répertoire de réponses allait de « Oui », « Non », (…) suivant l’humeur »), imaginer tel ou tel scénario, s’inventer multiples familles selon les personnes qu’il côtoie, arpenter le monde comme un décor de théâtre, dans lequel chacun se voit attribuer un rôle, et lui-même en endosse un, en fonction de ce qui l’entoure. Il imagine sans cesse de nouveaux moyens d’échapper à une réalité qui lui est insupportable pour des récits au tissage imparfait dont les fils mal ajustés l’enserrent et le condamnent à la faute, et à un dévoilement qu’il s’évertue à nier, jusqu’à l’épuisement, et au renoncement. À l’humour se mêle ainsi une musique douce-amère parée de désespoir. Le verbe « être » est parfois bien difficile à conjuguer !

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2019

Billy le menteur Keith Waterhouse, traduction de l’anglais de Jacqueline Le Begnec, révisée par les éditeurs, éditions du Typhon, 17€