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Trois spectacles troublants pour la troisième semaine d'Actoral 17

Du corps et de quelques autres bricol(ag)es

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Trois spectacles troublants pour la troisième semaine d'Actoral 17 - Zibeline

ActOral, c’est fini pour cette année mais il est bien dans la nature de notre festival bolide de ne pas avoir marqué le pas en dernière semaine. Petit aperçu de trois propositions troublantes qui ont titillé le regard, mis le sens sinon les sens à l’épreuve. Que donne à voir et à entendre le britannique Tim Spooner, délibérément et non moins gracieusement empêtré dans un dispositif saturé de fils interconnectés comme dans un immense cerveau tandis que des jouets mécaniques pelucheux roulent ou font la culbute parfois sur le plateau ? Le point de départ de The Voice of Nature laisse rêveur : Saint Thomas d’Aquin est souvent représenté prêtant l’oreille à une colombe pleine d’esprit qui lui dicte peut-être sa somme théologique ; l’oiseau divin est ici remplacé par une grosse mascotte noire à bec pointu manipulée par l’artiste, la plupart du temps en bord de scène et des mots sont proférés, traduits en direct et projetés sur un petit écran nettement décentré, laissant s’effacer des lettres et accentuant donc le caractère inextricable de l’affaire ; les sens aux aguets se recroquevillent quelque peu, se raniment vivement à la vue d’une étoffe rose doublée sur son revers de poils ou de plumes sombres, intérieur peut-être de l’animal évoqué plus haut et si la rêverie persiste le doute s’insinue ; ne serions-nous pas en train d’entamer un petit somme ?

Risque absolument évité par l’éclat du jaune et du rouge, du rouge et du jaune des costumes de Robbert&Franck / Franck&Robbert, plasticiens-acteurs belges qui sur un rythme trépidant ne cessent de se dupliquer, se multiplier ou s’atomiser, électrons libres comme cette petite boule qui parcourt en tous sens l’espace immaculé de leur petit monde en perpétuelle (re)création ; le doigt pointé façon chapelle Sixtine, notre duo burlesque, sur un petit nuage, convoque du poisson en carton ou du bison, converse avec sa propre effigie, boit du coca tout plat, traverse des placards d’images où le changement d’échelle donne le vertige et surtout réjouit l’œil et l’esprit ; grande évasion, machine bien huilée d’une satire renouvelée des « systèmes » y compris numérique : faire installation de soi-même comme pied de nez libérateur !

Joyeuse et efficace jeunesse de la dérision aux antipodes du douloureux et néanmoins subtil- en tout cas du côté des muscles et des tendons- solo de la chorégraphe canadienne Daina Ashbee, interprété par Paige Culley. Pour, comme injonction à se répandre, à se vider, est une pièce « à programme » -représenter les effets du flux menstruel- qui tient tout autant de la transe chamanique que du training corporel de la danse contemporaine et engage son interprète dans une exténuation littérale tout à fait fascinante malgré certains échos avec le travail de Jan Fabre, redoublés par la piste glissante et le corps nu graissé, huilé, contorsionné au sol. Extrême lenteur, répétition hypnotique, vibrations à peine perceptibles ou soubresauts soudains et spectaculaires sur le plateau-banquise, métamorphose à vue d’un corps magnifique entre chair et poisson, phoque traqué dont le sang ne se déverse qu’en flots d’émotion : la grande maitrise de l’interprète, le retour au calme de la position debout et des petits pas d’arpenteur font vivre au spectateur une belle expérience épi et hypodermique.

MARIE JO DHO
Octobre 2017


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