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Chaud dehors et poésie dedans : Aubagne sous le soleil

Du carton et des plumes…

Chaud dehors et poésie dedans : Aubagne sous le soleil - Zibeline

Le 1er juin, alors que le soleil renouait enfin avec la région, le festival Chaud Dehors d’Aubagne prenait son sens. Il faut imaginer un centre-ville parcouru par des ondes de joyeuse effervescence, alors qu’imperturbable tourne le petit manège de la place. Cette manifestation imaginée par Lieux Publics et la ville d’Aubagne parie sur une programmation variée où les compagnies régionales sont conviées à créer.

Les énormes maisons de carton se construisent sur l’esplanade Charles De Gaulle. Enfants, parents, tout un monde s’active, déplie, replie, remodèle, scotche à qui mieux mieux. On commence par le toit, les structures sont entourées de collections de cartons bien solides, puis sont élevées par une multitude de mains, et la construction s’élève à de vertigineuses hauteurs. Et c’est beau ! Le soir, en apothéose, les constructions seront détruites, plaisir exutoire : Olivier Grossetête, le maître d’œuvre, sourit et parle d’«hystérie libératoire».

La fontaine du cours Foch s’anime de danses avec Marcher commun et deux créations italiennes, le solo de Cosetta Graffione, La mémoire de l’eau, et ses dangereuses prestations arrosoir, et le duo Antipodes, d’une belle qualité chorégraphique. Avec humour Jean-Marie Maddedu et Antoine le Ménestrel, Urbanologues (vocable prétentieux à prendre au second degré !), jouent sur différents niveaux de la rue, l’un à l’ascension des façades, l’autre à l’accompagnement verbal mais aussi sonore, utilisant toutes les possibilités acoustiques des vitrines, tuyaux, grilles… le tout sur le mode humoristique et décalé, alors que la Cie Tandaim rend la parole aux morts sur les mots de Sophie Calle, dans une mise en scène qui invite les spectateurs à la déambulation entre des tombes trop vertes, des murmures, des faits divers glanés dans le réel, et des derniers soupirs. Macabre pour l’été, mais émouvant…

Puis le Studio de cirque d’Arles, habitué aux formes grandioses, vient roder une forme nouvelle, en autobus, d’où sort une série de numéro acrobatiques impressionnants, et des volées de plume. Tous les agrès sont parfaitement maitrisés, l’esprit joyeux, la scénographie dépliée astucieuse et efficace, mais la musique digest mauvaise electro et rock mal remixé est insupportable. Les oreilles bouchées le spectacle est magnifique, et conclut dans l’enthousiasme la journée. De toute cette fête subsistent les plumes oubliées qui laissent un parfum d’ange déchu. Chaud dehors et poésie dedans.

MARYVONNE COLOMBANI et AGNÈS FRESCHEL
Juin 2013

Photo : Installation d’Olivier Grossetête c Maryvonne Colombani

Chaud Dehors s’est tenu à Aubagne du 30 mai au 1er juin