Virtuel, mais présent, le festival FFM toujours passionnant et ouvert sur le monde

Du caractère essentiel de l’artVu par Zibeline

Virtuel, mais présent, le festival FFM toujours passionnant et ouvert sur le monde - Zibeline

Films Femmes Méditerranée a eu lieu sur nos écrans grâce à un partage gratuit d’un florilège de la programmation initiale diffusée sur UniversCiné. Le thème de l’année, L’Utopie, s’avère plus que jamais essentiel.

Courageusement l’équipe de FFM a maintenu le festival, offrant aux spectateurs neuf fictions et documentaires, apportant leur respiration, leur réflexion, leurs images, leur approche parfois étonnante et toujours intéressante.

Des parallèles troublants

Avec Moments de résistance de Jo Schmeiser, réalisatrice autrichienne, plasticienne, se retrouve la démarche de la militante féministe et antiraciste. Il s’agit ici de témoigner de notre époque en la mettant en regard avec la résistance antinazie de la fin des années 1930 aux années 40. Elle observe, à travers témoignages et archives, les fêlures, les distorsions qui pourraient sembler anodines, les glissements sémantiques, légaux, sociaux d’aujourd’hui, en présente les dérives. Les dangers qui entourent les démocraties sont mis en évidence à travers certaines thématiques, comme celle de l’accueil des migrants, du port du voile, des femmes isolées, de leurs enfants… La caméra s’attarde sur les visages des militantes du monde entier, passe en gros plan sur un œil. « Nous nous inscrivons dans un rapport de force », affirment-elles : « résistance et critique vont de pair ». Présentée à la Viennale 2019, cette « fiction documentaire » et intelligemment politique, était projetée pour la première fois en France.

Des livres surtout !

Inédit encore, le documentaire de Delphine Minoui et Bruno Joucla, Daraya, la bibliothèque sous les bombes, arrive à nous donner une bouffée d’air frais dans le contexte tragique de la guerre en Syrie. Le film prend des allures de conte : la ville de Daraya a été quasiment vidée de ses habitants, restent quelques rebelles et quelques familles. La subsistance s’organise, on plante un arpent de terre, on arrache de vieilles boiseries pour se chauffer, et on découvre des livres dans les maisons abandonnées… une cave à l’abri des tirs, des étagères, des sièges, et voici que les ouvrages prennent un nouveau départ. Sur la page de garde, soigneusement, le nom des anciens propriétaires est inscrit au cas où un futur serait possible. La lecture prend une place considérable, aide à vivre, discuter, réfléchir, rêver. Daraya sera évacuée, les fondateurs de la bibliothèque disséminés, mais un bibliobus naîtra, et le goût irrépressible des livres accompagne les réfugiés, leur permettent un nouvel élan. Un espoir en la vie et l’humanité touchant et espiègle grâce à la carte blanche donnée à Aflam.

Et si l’on refaisait l’histoire ?

Petit bijou documentaire, The Lebanese Rocket Society de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (France, Qatar, Liban, 2012) évoque l’incroyable aventure de la conquête spatiale libanaise entre 1960 et 1967. Tout commence à l’Université Haigazian. Ce sont les étudiants arméniens, Manoug Manougian en tête, qui ont rêvé et fabriqué la première fusée du monde arabe. Pari fou ? Sans doute, nourri des souvenirs de Jules Verne dans la « Suisse moyen-orientale », dont la capitale Beyrouth était le centre de la Dolce Vita. Pas de pétrole au Liban, qu’à cela ne tienne, les étudiants inventent un nouveau carburant chimique… Ils construiront des fusées qui iront jusqu’à 600 kilomètres ! Les deux cinéastes reconstituent l’histoire, fouillent les archives, retrouvent les protagonistes, montrent l’appropriation par l’armée de ce travail, réussissent à laisser une trace de cette fantastique épopée occultée par les guerres et se prennent à rêver… si le Liban avait pu poursuivre ces expérimentations… une utopie de paix et de confort se dessine…

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2020

La 15ème édition de Films Femmes Méditerranée s’est tenue du 20 au 26 novembre.

Photographie : The Lebanese Rocket Society de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige © DR