L’hommage à Camille Saint-Saëns et à son bestiaire a fait mouche aux Musicales de la Route Cézanne

Du bon SaënsVu par Zibeline

L’hommage à Camille Saint-Saëns et à son bestiaire a fait mouche aux Musicales de la Route Cézanne - Zibeline

Le tout nouveau festival des Musicales de la Route Cézanne s’est conclu dimanche 1er août sur un concert d’hommage à Camille Saint-Saëns. Accrocheur, le programme choisi s’est révélé beaucoup plus risqué que son apparente simplicité pouvait laisser augurer ; il a néanmoins su séduire son public nombreux et enthousiaste.

C’est au jeune pianiste Nicolas Bourdoncle, présent quelques jours auparavant aux Nuits Pianistiques, qu’incombe la tâche délicate d’ouvrir les festivités. Nocturne, Ballade et Scherzo s’enchaînent sans temps mort, non sans rappeler la réussite du 28 juillet dernier. La Toccata de Camille Saint-Saëns aura beau permettre un enchaînement stylistique et esthétique intéressant vers la suite du programme, force sera cependant de constater, malgré la beauté de ses inflexions, une certaine fraîcheur en comparaison avec les pièces précédentes – peut-être aura-t-elle été montée dans la précipitation ? Le toucher, très fin, est par ailleurs quelque peu sacrifié par une amplification trop appuyée.

Cela se fera d’autant plus sentir lorsque les musiciens de l’Ensemble i Giardini se rassembleront ensuite sur le Septuor. Se mêle alors au son déjà saturé des cordes la respiration du violon 1 – Thomas Gautier, par ailleurs tout bonnement irréprochable. Quelques ajustements techniques s’imposeront entre les mouvements. Les musiciens se montrent cependant particulièrement concentrés, et forts d’une belle alchimie : Hélène Maréchaux tient avec grâce son rang de deuxième violon, Léa Hennino est d’une justesse de son et d’incarnation impressionnante. Les graves de Pauline Buet et de Jeanne Bonnet au violoncelle et à la contrebasse posent les bases du tout ; placé à l’arrière de la scène, le piano de Carine Zarifian se greffe au mouvement sans difficulté apparente, calé sur le tempo de la contrebassiste. Le très jeune Franz Maury s’acquitte quant à lui d’une partie de trompette assez acrobatique avec facilité.

Au retour de l’entracte, la sonorisation se fera heureusement plus discrète sur le Carnaval des animaux. Le célèbre texte de Francis Blanche a été remplacé, à l’exception du final, par des morceaux choisis de Prévert, La Fontaine, Desnos, Vialatte et Sully Prudhomme … Quitte à sacrifier toute idée de cohérence. Il a cependant pour lui la présence et le verbe de Marie-Christine Barrault, de toute évidence ravie de partager la scène avec l’ensemble. Les cordes sont ici rejointes par le flûtiste Virgile Aragau, le clarinettiste Jérôme Verhaeghe, Gisèle David et une nouvelle très jeune recrue aux percussions, Gabriel Storck. Aux deux pianos, on retrouve David Violi et Christophe Bukudjian, fondateur et directeur artistique du festival. Sur cet effectif et sur cette partition transparente mais redoutable, la moindre imprécision ne pardonne pas. Fort heureusement, tous se sortent de chaque pièce avec les honneurs, en solistes comme sur des tutti très en place. Les figuralismes présents dans les partitions éclatent sans effort, l’humour transparaît sur chaque phrasé, chaque envolée. Une réussite pour ce festival tout neuf, auquel on souhaite bien de nouvelles éditions !

SUZANNE CANESSA
Août 2021

Photo © D.R.