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Vu par Zibeline

Yannick Grannec à la Médiathèque de Pertuis

Du Bauhaus à IKEA

• 1 mars 2019 •
Yannick Grannec à la Médiathèque de Pertuis - Zibeline

Les Nouvelles Hybrides invitaient Yannick Grannec (déjà auteure de La déesse des petites victoires consacré au père du théorème d’incomplétude, Kurt Gödel), pour évoquer son parcours et son dernier roman, Le Bal Mécanique au cours d’un entretien mené avec passion par Maya Michalon. Y sont noués les thèmes de la téléréalité (avec un démarrage sur les chapeaux de roues) et de l’histoire du Bauhaus et des œuvres perdues lors de la Seconde Guerre mondiale. « J’avais le titre Le Bal Mécanique [un tableau de Paul Klee] avant le roman, c’est comme si tout se mettait en place à partir de lui. Se croisent l’histoire de l’art sur un siècle et celle d’une névrose familiale. Il faut remonter et démonter toute une mécanique pour en découvrir la clé. Nous sommes plus que l’algorithme hormonal qui nous compose, même si l’effort de standardisation des objets (ainsi IKEA !), dans le fil du Bauhaus, semble déborder sur les hommes, avec la volonté de normer les individus, leurs relations : le narcissisme s’avère être le défaut le plus rentable de la modernité (les plus grosses fortunes -Kardashian et autres- se construisent sur du rien). L’idée de temps aussi est essentielle… Certes, selon les scientifiques (en physique quantique) il n’existe pas, mais l’art nous donne une fenêtre sur le temps, ainsi, je suis fascinée par La Grande Touffe d’herbes d’Albrecht Dürer : cinq cents ans après subsiste la vibration intime d’une personne qui n’existe plus ; la famille aussi est une autre incarnation du temps ». En exergue de chaque chapitre on trouve un tableau… « Quand j’écris, je me prépare des boards [planches scénographiées], avec costumes, visages… Je suis aussi passionnée par les figures de style qui permettent d’aborder autrement le récit, qui n’est pas fait que de mots qui circulent mais d’images. Un même narrateur apparaîtra à la 1ère et à la 3ème personne dans le même chapitre. Cela vient de la représentation cubiste, une manière de retranscrire la réalité avec un même support mais divers points de vue. L’important c’est que ce soit fluide. Les allers et retours entre les époques, les lieux, participent de ce miroir brisé mais reconstruit ». Le résultat, un livre passionnant et profond.

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2019

La rencontre a eu lieu le 1er mars à la Médiathèque de Pertuis

Photo:  Yannick Grannec et Maya Michalon © MC