Le Festival Mars en Baroque affirme sa singularité

Du baroque (n’ roll)Vu par Zibeline

Le Festival Mars en Baroque affirme sa singularité - Zibeline

Mars en baroque s’est tenu cette année en juin et juillet, et aura rassemblé non pas une programmation exclusivement dix-septième et dix-huitièmiste, mais riche en incursions vers d’autres siècles et d’autres esthétiques. De quoi réaffirmer la singularité d’un festival hétéroclite, et son désir de faire vivre des pages injustement méconnues.

Donné le 27 juin, le programme joliment baptisé Imaginario a su recréer un salon imaginaire, celui de la Cour Espagnole du Siglo de Oro. Les madrigaux de Juan Vásquez côtoyant ici des œuvres pour luth de Josquin des Prez, Adrian Willaert ou encore Jacques Arcadelt -sans compter quelques pages anonymes. Le duo unissant la vihuela de mano d’Ariel Abramovich et la voix de María Cristina Kiehr, membre historique et fondatrice du Concerto Soave, est doté d’une très belle alchimie. Si les partitions d’origine mettent avant tout en avant le chant, au détriment d’un instrument privé de développements, les pièces solistes donnent à entendre les sonorités douces et souples de la vihuela de mano. La voix cristalline de María Cristina Kiehr, dotée d’un medium particulièrement riche pour une tessiture de soprano et d’une ligne d’une rare clarté, se mélange avec subtilité aux pincements légers des cordes. Cette délicatesse rappelle à un public visiblement transporté que l’art musical de la Renaissance demeure, à rebours des effusions baroques qui suivront, un art de l’équilibre, capable d’abolir le temps pour se faire à la fois sensuel et méditatif. Le cadre rare de l’église des Dominicaines se révèle, dans son acoustique comme dans son ambiance, tout bonnement idéal pour une formation et un programme de ce type.

L’édition 2020 du festival s’était conclue, quelques jours avant le premier confinement, sur un opéra donné en version concert, créé en partenariat avec le Centre d’Art Vocal de Namur : le méconnu Admeto de Haendel. Si celui-ci avait pu s’avérer décevant en regard d’œuvres moins confidentielles du compositeur, La Contesa de’ Numi de l’italien Antonio Caldara se révèle particulièrement savoureuse. Cette Querelle des dieux de l’Olympe, composée pour asseoir la supériorité de Charles VI sur ses contemporains à l’heure de son couronnement, rivalise, d’arias en arias, de virtuosité et d’élégance, dans sa charpente harmonique comme dans son sens aigu de la mélodie. Il faut dire que La Contesa de’ Numi bénéficie de la solidité technique et du grain baroque du Concerto Soave, mené tambour battant par un Jean-Marc Aymes affairé à son clavecin. La battle fait se succéder les voix de Samuel Namotte, Morgane Heyse, Caroline de Mahieu, Julie Vercauteren et Rémy Bres Feuillet. Et force est de constater que l’année (et demie !) qui s’est écoulée entretemps a bénéficié à ces solistes que l’on pensait alors prometteurs, et qui semblent aujourd’hui confirmés. Autant dire que l’on attendra de pied ferme la prochaine édition !

SUZANNE CANESSA
Juillet 2021

Mars en Baroque a eu lieu du 16 juin au 5 juillet, dans divers lieux à Marseille

Photo La Contesa de’ Numi © Pierre Morales

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