Le sacrifié de Castelluccio d'Isabelle Chaumard, aux éditions Le mot et le reste

Du bagne à l’hôpitalLu par Zibeline

Le sacrifié de Castelluccio d'Isabelle Chaumard, aux éditions Le mot et le reste - Zibeline

Le nouveau roman d’Isabelle Chaumard, Le sacrifié de Castelluccio, évoque à travers une intrigue serrée l’histoire de l’hôpital psychiatrique d’Ajaccio, ancien bagne pour enfants au XIXe. Marie, assistante sociale se démène dans son service des services sociaux d’Ajaccio où tout manque, moyens financiers, humains, logistiques… Le récit s’orchestre entre les personnages, suit de l’intérieur Marie, Abram, jeune garçon souffrant du syndrome de Cotard, et interné dans la partie adulte de l’hôpital psychiatrique car il n’y a plus de place chez les enfants, Bastien, le gardien de l’hôpital, un cœur d’or dans une étoffe de géant, Jean-Baptiste Foucaud, le seul à ne pas être un personnage de fiction, né à La Rochelle et condamné au bagne de Saint-Antoine de Castelluccio où il mourut en 1860 (son journal est quant à lui fictif).

Le lieu est ainsi habité par les peurs, les colères, la violence, les désespoirs, et s’ancre dans un passé terrifiant qui déborde sur le présent. Les vies cabossées des protagonistes les prédisposent à en être des échos sensibles. Et l’on reçoit ce texte comme un coup de poing, on revit les travaux forcés imposés aux enfants, les menant quasiment tous à une mort prématurée (mille deux cents enfants ont ainsi été condamnés dans ce bagne sous le second Empire) -le cimetière de l’hôpital en garde les traces. Mais, la situation actuelle des enfants victimes de violences familiales, de problèmes psychiatriques, de harcèlement, reste dramatique.

Si les faits narrés dans le roman sont inventés, la situation de la Protection de l’enfance en France « est véridique », et « la situation décrite correspond à l’état des lieux national et non à celui de Corse-du-Sud », souligne en postface l’écrivain qui nous renvoie à une intéressante bibliographie (où l’on note La Colonie horticole de Saint-Antoine de René Santoni, parue en 2008). Pas d’effet de style dans ce texte qui, à travers une enquête bien menée, brosse un constat sans appel et glaçant de l’abandon par l’État de ce qui devrait découler de la simple humanité.

MARYVONNE COLOMBANI
Juin 2020

Le sacrifié de Castelluccio
Isabelle Chaumard
Éditions Le mot et le reste, 17€