Critique: L’enquêteur Aurel Timescu naît sous la plume de Jean-Christophe Rufin
Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

L’enquêteur Aurel Timescu naît sous la plume de Jean-Christophe Rufin

Drôle de consul

L’enquêteur Aurel Timescu  naît sous la plume de Jean-Christophe Rufin - Zibeline

De Jean-Christophe Rufin, on garde en mémoire L’Abyssin (prix Méditerranée et Goncourt du premier roman en 1997), Rouge Brésil (prix Goncourt 2001) ou plus récemment Le tour du monde du roi Zibeline (2017), palpitants récits d’aventures qui mêlent habilement la petite histoire à la grande. Mais si le prolifique académicien s’est également frotté à l’anticipation (notamment avec Globalia paru en 2003), jamais encore il n’avait abordé le genre policier. C’est chose faite avec Le suspendu de Conakry, premier volet d’une trilogie mettant en scène un enquêteur atypique fort attachant. Aurel Timescu est « l’adjoint calamiteux » du Consul Général de France à Conakry. D’origine roumaine, il a fui la dictature de Ceausescu, puis a longtemps travaillé comme pianiste de bastringue avant de devenir diplomate. Pour cet homme étrange, sans âge, à la sentimentalité exacerbée et à la dégaine improbable – il s’obstine à se vêtir comme s’il vivait en Europe centrale ou à Paris en hiver, alors qu’on étouffe sous un soleil implacable ; les descriptions de ses tenues font d’ailleurs immédiatement transpirer – un tel poste en Guinée n’est ni plus ni moins qu’une mise au placard, qu’Aurel supporte en sirotant du tokay bien frais, en jouant du piano la nuit…et en menant, sans en avoir le moindre droit officiel, son enquête. Car, dans la tranquille marina aux eaux turquoise, on a découvert le corps d’un plaisancier tué par balle et suspendu au mât de son voilier… Nul doute que le passé de diplomate de Rufin l’a servi dans la construction de l’intrigue comme dans la peinture de l’atmosphère très particulière du consulat et du petit cercle des expatriés. En résulte une histoire somme toute assez classique, dont on ne dévoilera évidemment rien. Le plaisir essentiel tient au personnage décalé d’Aurel, dont les méthodes très particulières d’investigation et de déduction ne sont pas sans rappeler celles d’illustres détectives. Alors, simple clin d’œil au roman policier traditionnel ? Peut-être, mais qu’importe, car on passe un très agréable moment en compagnie de ce consul peu ordinaire.

FRED ROBERT
Juillet 2018

Le suspendu de Conakry Jean-Christophe Rufin

éditions Flammarion 19,50 €