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Une « Nuit du piano » à Toulon en sept récitals et quatre interprètes !

« Dream team » pianistique

Une « Nuit du piano » à Toulon en sept récitals et quatre interprètes ! - Zibeline

Longue et riche était la soirée proposée par le Festival de Musique de Toulon dans le cadre de la saison « Grands Concerts » à l’Opéra de Toulon samedi 30 Avril. Au programme, 4 pianistes aux talents singuliers appartenant à la génération « émergente » du piano français. Avec pas moins de 7 récitals de 30 minutes, la soirée commençait de fort belle manière à 18 heures par Wilhelm Latchoumia dans un répertoire germanique où brillait son jeu virtuose. Dans les transcriptions diaboliques de Wagner écrites par Liszt on retiendra notamment une interprétation majestueuse à la dramaturgie saisissante de Isolde Liebestod  où le piano se muait en un orchestre aux couleurs profondes et nuancées grâce à un jeu incisif et sans fioritures.  Marie Vermeulin s’emparait ensuite d’un répertoire d’aspect moins extraverti où son toucher ciselé et tout en finesse conférait aux musiques de Debussy puis Ravel un mystère envoûtant, particulièrement dans le fameux Gaspard de la Nuit.

Rémi Geniet venait ensuite apporter une lecture très inspirée de la Sonate n° 3 en si mineur Op.58 de Chopin avec une maîtrise technique infaillible au service d’une musicalité contrastée dans un style alliant pure virtuosité et lyrisme mélodique, modes de jeu idiomatiques de l’esthétique de l’œuvre du polonais. L’Autriche était ensuite à l’honneur de ce tour d’Europe avec des interprétations lumineuses de la Sonate en Ut Majeur K.330 de Mozart et des Impromptus 2 et 4 op.90 de Schubert par Vanessa Wagner, impériale dans ce répertoire aux architectures sonores si emblématiques du classicisme viennois.

Le retour de Wilhelm Latchoumia dans le répertoire de Manuel de Falla donnait à la soirée musicale des allures fantasques et son jeu prenait un caractère alors plus félin, non dénué d’humour, mais empli d’une légèreté bienvenue dans El Amor Brujo ou la Sérénade Andalouse.

Rémi Geniet fit un retour remarqué avec 30 autres minutes consacrées à un répertoire moins connu du compositeur norvégien Grieg. Sa maîtrise parfaite des dynamiques et des phrasés forçait l’admiration dans son interprétation des 4 pièces pour piano op.1 et de la Sonate en Si mineur op.7 dans un style post-romantique cette fois.

Marie Vermeulin et Vanessa Wagner revinrent enfin bousculer l’auditoire avec une version endiablée de l’ouvrage le plus anti-conformiste qui soit à l’aube du XXème siècle : transcrit pour piano à 4 mains, Le Sacre du Printemps de Stravinsky conservait tout l’élan de l’œuvre originale pour orchestre, implacable rouleau-compresseur rythmique symbole d’une modernité dynamitant la tradition. Un joyau intact, électrisant en guise de touche finale, à ce marathon pianistique d’exception, histoire de parachever le rêve.

ÉMILIEN MOREAU

Mai 2016

Concert donné le 30 avril à l’Opéra de Toulon

© Nuit du Piano


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