Le crocodile trompeur/Didon et Enée, du théâtre lyrique où humour et émotion s'entremêlent

Doux reptileVu par Zibeline

Le crocodile trompeur/Didon et Enée, du théâtre lyrique où humour et émotion s'entremêlent - Zibeline

Jeanne Candel et Samuel Achache ont rêvé l’œuvre-phare d’Henry Purcell : Didon et Enée. Rebaptisée Le crocodile trompeur d’après une phrase de Didon adressée à son amant, ce spectacle revisite l’œuvre de Purcell avec fantaisie : de petits intermèdes loufoques, souvent hilarants, parfois un peu dérythmés, s’enchaînent, en anglais ; nés d’improvisations, ils reposent sur l’incroyable plasticité de ces chanteurs instrumentistes, capables aussi de prouesses physiques et comiques. Fonctionnant par accumulation, elles aboutissent à des situations insensées, d’un chanteur en chaussures de ski qui coince une sorcière sous un orgue à soufflet tout en dirigeant un chœur baroque… Car ce n’est en rien un opéra jazz contrairement à ce que pourrait faire croire l’instrumentarium fait de clarinette, guitare et batterie : il s’agit bel et bien de théâtre lyrique, où humour et émotion s’entremêlent (Didon confiant son tourment laisse place à un numéro totalement burlesque) sans infidélité à l’histoire montrant la fatalité du destin. De nombreuses références sont ajoutées, notamment à l’Enéide de Virgile : on voit un arbre ensanglanté et frissonnant, signe de mauvais présage. On peut même trouver des clins d’œil à Anatomie de la mélancolie de Robert Burton : tandis que Belinda chante le tourment de la pauvre Reine délaissée, acteurs et musiciens se promènent tour à tour dans le corps de Didon. Ils visitent le cerveau, vidé de raison une fois la dame noyée dans sa passion avec Enée, ou encore le cœur calciné par le chagrin lorsqu’elle est abandonnée par son amour. Car ici, on ne retrouve pas le Crocodile trompeur qu’est Enée l’égoïste préférant les ordres des dieux à l’amour, ni les viles sorcières l’ayant trompé et répétant «Nuire est notre plaisir et nous excellons à mal faire». Nous sommes face à un reptile éblouissant de musique, au cœur de la tragédie du couple séparé par le mensonge. La mort de Didon, avec son fameux «Remember me» ose l’émotion simple, dans une orchestration étrangement moderne qui retrouve l’esprit rocailleux du baroque, porté par la voix sublime de Judith Chemla.

ALICE LAY
Octobre 2015

Le crocodile trompeur/Didon et Enée a été joué au Théâtre de la Criée, Marseille les 14 et 15 octobre

Photo : Crocodile trompeur -c- Victor Tonelli-Artcomart

La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
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