Arcadi Volodos acclamé au Festival de la Roque d'Anthéron

Douceur romantiqueVu par Zibeline

Arcadi Volodos acclamé au Festival de la Roque d'Anthéron - Zibeline

Non, ce n’est pas parce que l’on est virtuose que l’on a nécessairement besoin de vouloir éblouir en affrontant les difficultés techniques en rafale ! À l’instar du héros de Novecento, 1900, d’Alessandro Baricco (si magnifiquement repris au cinéma par Giuseppe Tornatore, La légende du pianiste sur l’océan), qui lors du concours l’opposant à Jelly Roll Morton, choisit d’interpréter le simple Douce nuit Sainte nuit, au grand dam des parieurs, Arcadi Volodos n’hésite pas à surprendre son auditoire, dans le cadre prestigieux du Festival international de La Roque d’Anthéron, par un programme court, dont la première partie, délicate, certes, mais sage, n’offre guère de place aux ébouriffantes émotions du spectateur frémissant devant les voltiges acrobatiques de l’artiste de cirque. Délicats, les Papillons de Schumann, suite de douze pièces pour piano inspirée du roman Flegeljahre de Jean Paul, renvoient à un univers proche des tableaux des fêtes galantes d’un Watteau. Puis, les Trois Intermezzi opus 117 de Brahms déclinent leurs couleurs de « paysages d’automne » (Claude Rostand), entrelacent leurs arpèges, se nourrissent de subtils échos… Ces « berceuses de ma souffrance », ainsi les qualifiait leur compositeur, confidences intimes, tendres et tristes, glissent sur le piano sensible de Volodos. Plus brillante, la Sonate en la majeur D. 959 de Franz Schubert apportait sa puissance à la deuxième partie, avec ses emportements, ses ruptures, ses changements de rythme, ses contre-chants, sa légèreté, ses empâtements, ses trémolos éblouissants… et le jeu clair, délié, d’Arcadi Volodos vous emporte dans cet univers où les mots n’ont plus cours, où la sensation devient langage, nous plongeant dans l’immédiate évidence de ce qui est.
Pour compenser la brièveté du programme, l’artiste accorde à un public subjugué l’équivalent d’une troisième partie en rappels, multipliant les passages de virtuosité, élégance lumineuse. Magie pure du Menuet en do# mineur D 600 de Schubert, somptueuse Mélodie en sol de Rachmaninov dans la transcription de Volodos, Malagueña de Lecuena (transcription Volodos) pailletée d’inventives variations, rêveuses Jeunes filles au jardin de Mompou… Le public est debout, trépigne, acclame le pianiste qui vient sur le devant de la scène pour saluer. Communion rare entre un immense artiste et son auditoire ! Chacun se disant merci !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2016

Spectacle donné le 14 août dans le parc du château de Florans, (Roque d’Anthéron) .
04 42 50 51 15
www.festival-piano.com

Photographie © Arcadi Volodos