Premiers jours d'un festival de cinéma dématérialisé, avec Goud de Rogier Hesp

D’or et de plombVu par Zibeline

Premiers jours d'un festival de cinéma dématérialisé, avec Goud de Rogier Hesp - Zibeline

Victime collatérale de la pandémie, le 21e Festival International du film d’Aubagne met en ligne gratuitement une partie de sa programmation. Les films sont disponibles 24 h. Ainsi, du 30 mars au 4 avril, les e-festivaliers, dans leur confinement, peuvent vivre au jour le jour, faute de mieux, cette version dématérialisée de l ‘événement.

Après l’excellent film d’ouverture Un fils de Mehdi M. Barsaoui, le menu du lendemain a proposé deux premiers longs métrages en compétition officielle : Relativity de Mariko Minoguchi, drame dont la musique est signée Jack Robert Ritchie et dans lequel ni l’amour ni la mort ne viennent jamais par hasard et Goud de Rogier Hesp.

Goud, c’est l’or en néerlandais, l’or de la médaille des JO de gymnastique, convoitée par le jeune Timo et surtout par Ward, son père, ancien athlète qui, du fauteuil roulant où il est cloué, lui sert de coach sportif. Que de plomb dans cet or convoité et de toxicité dans cette relation père/fils ! Timo (interprété par un vrai gymnaste, David Wristers) s’occupe du corps cassé de son père, le lave, le soigne. Ward entraîne son fils, exerçant sur lui une pression constante. Cette intimité rituelle des gestes quotidiens se déroule en silence. Rien de ce qui tourmente ces deux-là n’est exprimé : ni l’absence de la mère ex-championne olympique, ni le désir malsain du père de gagner par procuration la prestigieuse compétition. Personnages isolés dans le plan, saisis de très près dans la pénombre ou cachés en plein jour par une saturation de lumière : la mise en scène au cordeau traduit toutes les tensions. Tension des entraînements et des qualifications, écartèlement de Timo entre la tyrannie paternelle, acceptée jusque là, et l’amour tout neuf pour Irene, la kiné de l’équipe. Cet amour non partagé qui le rendra à lui-même tout en réactivant la douleur d’avoir été abandonné : belle scène où un massage professionnel devient caresse, étreinte amoureuse et bercement maternel. La caméra s’arrête à la surface des corps. L’intériorité bouillonnante, dévorante, s’imagine dans un silence policé ou à travers un chuchotement. La musique composée par Jorrit Kleijnen, Jacob Meijer et Alexander Reumers bande certains moments comme un arc ou incise les carapaces pour libérer un sentiment. Un film d’apprentissage âpre et plutôt prometteur !

ELISE PADOVANI
Mars 2020

aubagne.kinow.tv/fr/

Photo : GOUD © BALDR Film