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Vu par Zibeline

A Avignon, le Collectif Le Bleu d'Armand adapte admirablement André Benedetto

D’or et de chair

• 19 mars 2016⇒20 mars 2016 •
A Avignon, le Collectif Le Bleu d'Armand adapte admirablement André Benedetto - Zibeline

L’homme aux petites pierres encerclé par les gros canons… En 2003, André Benedetto signait et jouait ce texte aux accents antimilitaristes qui traitait, sans le nommer, du conflit israélo-palestinien. Les mots, féroces, ironiques, réalistes, reflètent la colère du poète dramaturge pour qui le théâtre était le lieu de la protestation, toujours à crier l’urgence du monde et à nommer ceux qui résistent et luttent. En 2016, son fils Sébastien Benedetto qui dirige maintenant seul le Théâtre des Carmes, a confié le texte au Collectif Le Bleu d’Armand, déjà remarqué avec une pièce engagée, Chienne de vie, sur le sujet du bouc émissaire (lire chronique du spectacle ici) ). Une sacrée intuition !
Après une semaine passée en Israël et Palestine à la rencontre des habitants pour appréhender ce conflit à l’aune de leur jeunesse, quatre comédiens de la compagnie ont donné chair à l’histoire de ce conflit de territoire, en nous reliant instinctivement à l’actualité de tous les conflits et peuples déplacés d’aujourd’hui. Ils l’ont transposée dans un cabaret moderne, siglé rouge et or, où un homme seul sur son dernier lopin de terre, fait face aux occupants : « Il y a l’un, l’occupant, le soldat, et il y a l’autre, l’occupé, qui crie au secours. » Glaçant, d’emblée !
Le quatuor s’est engouffré avec mesure dans la dérision et le cynisme d’un jeu de massacre annoncé, en dosant avec justesse l’injustice et la bêtise qui composent toute l’horreur de la nature humaine ! Trois filles en costard noir, impeccables, figurent chacune leur tour les différents rôles ; un monsieur Loyal (dont le jeu grimpe en flèche aiguisée) orchestre la partie à venir : en quatre actes et une pluie de saynètes, les exécutions s’enchainent à la pelle, et boum, les sommations gagnent du terrain, la mort fait son sale boulot. Et boum. Mais l’humour fait résistance à l’absurdité d’un pays en guerre où les pires scénarios s’échafaudent, où seules les femmes (féministe Benedetto ?), et l’amour des mères, arrivent à faire barrage à l’humiliation et à la ruine, au deuil des enfants mort-nés et à la violence des soldats… les renvoyant à leur tour à leur rôle d’occupants-otages. Parce que « la seule façon de tenir c’est d’en rire ».
Et, dans ce cirque de lumière qui les encadre, alors que l’espace du tapis rouge rapetisse et que les corps tombent, le désir de vivre se fait envahissant : « Je suis l’homme aux petites pierres encerclé par les gros canons… avec sa conscience fiévreuse, à bras armés et poings dressés. Je suis cet homme sur son carré de terre assiégé, chassé… Je suis un être humain. » Une main tendue, un cri urgent, et un rappel simple et efficace aux droits de l’homme et à sa capacité d’arrêter le désespoir. Et boum !

DELPHINE MICHELANGELI
Avril 2016

L’homme aux petites pierres encerclé par les gros canons s’est joué les 19 et 20 mars au Théâtre des Carmes André Benedetto, à Avignon. Il sera repris au Festival Off 2016.

Photo : © Delphine Michelangeli


Théâtre des Carmes
6 place des Carmes
84000 Avignon
04 90 82 20 47
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