Projection-débat avec Serge Halimi : Les nouveaux chiens de garde

Donner la rageVu par Zibeline

Projection-débat avec Serge Halimi : Les nouveaux chiens de garde - Zibeline

La Bibliothèque Départementale des Bouches-du-Rhône a fait salle comble ce 1er février, lors de la projection du film Les nouveaux chiens de garde. Il faut dire qu’étaient présents Serge Halimi qui en est à l’origine, Thibaut Gajdos du Greqam Aix-Marseille, et le sociologue des médias Jacques le Bohec, pour en débattre dans le cadre du cycle de conférences À l’écoute des sciences sociales.

Extrêmement caustique, ce documentaire de 2012 fait référence à l’ouvrage de Paul Nizan paru en 1932, Les chiens de garde, et dénonce la collusion des médias actuels avec les sphères du pouvoir et de l’argent. Dès le début, il éveille comme un écho aux actualités récentes lorsqu’il évoque l’impact des propriétaires sur leurs organes de presse : qui sait ce que fera Bernard Tapie de la Provence ? Pour Serge Halimi : « Cela fait 30 ans que les partis y compris de gauche ne font plus de la question de la propriété des médias une priorité. Or la situation s’est détériorée : le plus grand groupe de l’époque est l’équivalent d’une PME aujourd’hui. »

Le film fait froid dans le dos quand il rappelle l’absence totale d’information sur les failles lézardant le béton de la centrale nucléaire de Flamanville en 2008, dans le JT des chaînes appartenant à Bouygues… Il devient quasiment surréaliste lorsqu’un un chercheur anglais glisse quelques chiffres : 24 ans d’espérance de vie séparent en moyenne les pauvres des riches dans son pays, présenté par les journaux économiques comme un modèle. Un peu plus loin, il s’attaque au règne des experts surmédiatisés, et l’on ne peut s’empêcher de rire jaune lorsque on entend un homme rémunéré 10 fois le SMIC expliquer qu’il est trop élevé et qu’il faut savoir faire des sacrifices.

Les nouveaux chiens de garde est un film qui a coûté cher, parce qu’il a fallu acheter énormément d’images d’archives, mais le jeu en valait la chandelle : pour comprendre à quel point le pouvoir contamine ceux qui s’en approchent trop, rien ne vaut la juxtaposition à quelques années d’écart de plusieurs extraits. Certains « grands » journalistes avaient probablement des valeurs, peut-être même une déontologie… mais c’était avant.

A la fin de la projection, une jeune femme du public soulève en contrepoint la question de la précarisation du métier : « Il y a 37 000 journalistes en France, peu sont en situation dominante. La plupart sont des ouvriers de l’information, et luttent pour pouvoir travailler correctement. » Les trois intervenants opinent. Les responsabilités sont à chercher ailleurs. En fin de débat, Thibaut Gajdos tente peu subtilement de mettre la faute sur les téléspectateurs « qui veulent entendre ce qu’ils pensent déjà ». Serge Halimi n’est pas d’accord, et nous non plus, car un tel raisonnement semble faire le lit de la standardisation de l’information. Le directeur du Monde Diplomatique en profite pour rappeler que mettre de temps en temps la main à la poche pour soutenir la presse de qualité lui permet d’exister.

Et si l’espoir des médias était là ? On a les lecteurs qu’on mérite… et réciproquement.

GAËLLE CLOAREC
Février 2013

Le film Les nouveaux chiens de garde sera également diffusé le 15 février au Foyer du 3ème Age de Gardanne (renseignements : 06 99 45 20 59 ou www.deconnomistes.org)

 


Les “Nouveaux chiens de garde” / Les 10… par Nouveaux_chiens_de_garde

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