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Vu par Zibeline

Dites à ma mère que je suis là, le bidonville de Calais et le sort des migrants en Europe au cœur d'un spectacle intense

Donner corps à l’errance

Dites à ma mère que je suis là, le bidonville de Calais et le sort des migrants en Europe au cœur d'un spectacle intense - Zibeline

Le thème est complexe, la démarche tout autant : réaliser un spectacle sur le bidonville de Calais et les milliers de migrants qui y vivaient, à partir des travaux de terrain d’une universitaire. La compagnie Etat d’Urgence y parvient, évitant les pièges de la compassion ou du misérabilisme. L’émotion s’accompagne d’un propos politique, engagé, brut et direct, mettant en lumière une réalité crue.

Les migrants qui franchissent les portes de l’Europe-forteresse ne sont souvent pas considérés comme des individus. Ils y sont en errance, perçus comme une masse, une menace. Dites à ma mère que je suis là rend corps et chair à ces hommes, femmes, enfants. Leur donne existence humaine. Par le recueil de témoignages, diffusés en bande son ou en vidéo, comme ce jeune Afghan, qui se souvient des fêtes dans son village, et des morceaux de blanc de poulet que son père lui gardait toujours. Et par l’investissement physique que déploient les interprètes. Acrobaties, sauts, danse, l’engagement corporel est intense, les images qui en naissent également.

Un seau de sable ocre se déverse sur les comédiens. La dune est formée sur le plateau. Celle du Sahara ou celles des plages du Nord. Un homme enragé entre avec une pelle et lance violemment ce sable sur les trois hommes et la femme, qui en sont déjà recouverts. Puis ils s’accrochent et se balancent sur deux cadres suspendus. L’un est vide, l’autre est grillagé. La frontière est là, avec les kilomètres de barbelés de l’Europe, assez pour faire le tour de la terre.

L’irruption sur scène d’Amanda Da Silva, la chercheuse, est troublante. Tous les interprètes sont pieds nus, elle est en chaussures et livre une conférence sur la « sécurisation de l’immigration », parquée, contrôlée dans des camps. L’aspect théorique, froid, est frappant, et le contraste saisissant. Il donne en fait d’autant plus de relief au propos du spectacle, qui réussit la jonction entre art, étude et réalité. Le tout avec un socle commun : l’humanité.

JAN-CYRIL SALEMI
Décembre 2016

Dites à ma mère que je suis là a été créé et joué au Théâtre de La Passerelle à Gap les 14 et 15 novembre

Photo : © Philippe Ariagno


Théâtre La Passerelle
137 boulevard Georges Pompidou
05000 Gap
04 92 52 52 52
http://www.theatre-la-passerelle.eu/