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Le Couvent des Minimes de Pourrières, un bon cadre pour Don Quichotte

Don Quichotte : entre patrimoine et modernité

• 20 juillet 2013 •
Le Couvent des Minimes de Pourrières, un bon cadre pour Don Quichotte - Zibeline

L’enjeu, improbable au départ, était de coller le Don Quichotte et Sancho d’Hervé (livret et musique. 1848), à un autre livret d’Hervé sur ce même thème : Don Quichotte, berger ou la nouvelle Arcadie !  Ce dernier étant sans musique, on confia l’écriture musicale originale à Jean-Michel Bossini, compositeur actuel. Faire vivre ce livret d’Hervé, qui dormait dans la Bibliothèque Nationale sans dénaturer l’univers pittoresque et simple de la première œuvre : la musique d’Hervé (partie centrale) entouré de la création de son moderne confrère ! Une jolie réussite de l’Opéra au Village.  On peut considérer Hervé comme le créateur de l’opérette, juste avant le célébrissime Offenbach, ainsi que le créateur de la musicothérapie : enseignant aux aliénés de l’hôpital Bicêtre, les malades se sentaient mieux après avoir joué, chanté ! Nous sommes ici, avant la fin du voyage de Don Quichotte, désabusés, manipulés par sa nièce. Pas de moulins à vent, mais la Sainte Victoire, éternelle, fond de scène, et la fontaine de Pourrières, symbole de la Victoire des légions romaines de Marius Caius contre les Teutons. Comme Hervé-Bossini, clin d’œil de cet aller-retour permanent, entre patrimoine et modernité. Un septuor instrumental de qualité permet toutes les écritures : tutti, solo, duo… Saluons le travail, en amont, de Luc Coadou, direction d’artistes et la mise en scène sans temps mort de Bernard Grimonet, où les entrées et sorties sont efficaces et les ensembles cohérents. François Echassoux est un Don Quichotte imposant, au jeu sobre et expressif, stature impressionnante, timbre chaud, mais qui manque de projection. Bernard Dazin, haute-contre, campe un Sancho espiègle, à la voix tonique. Patricia Schnell est une exquise Tereza, scéniquement parfaite, vocalement très présente, timbre velouté : superbe duo (Ah, touche là, je te pardonne, je reconnais mon erreur…) avec la basse géorgienne Nika Guliashvili (Carasco), voix d’une incroyable profondeur. Denis Mignien (Nuñez), truculent, Anouschka Lara (Juanita), soprano léger aux jolis sons filés et les chœurs apportent leur fraîcheur juvénile indispensable. Costumes chatoyants, proches des lumineuses goyescas. La musique de Bossini, tonale, variée, riche mélodiquement, rythmiquement (danse endiablée de la fin !) colle merveilleusement à l’esthétique du compositeur de Mam’zelle Nitouche. L’Opéra au Village continue d’accueillir des artistes prometteurs et confirmés, ciblant des œuvres lyriques peu jouées. Le cadre toujours magique du Couvent des Minimes était le lieu idéal pour cette création, entre vaudeville et opérette moderne. Un nouveau genre est né ? Souhaitons-le !

YVES BERGE
Juillet 2013

Photo : Bern Grimonet

L’Opéra au Village

Don Quichotte : Hervé/Bossini. Création

Pourrières Couvent des Minimes (Var)

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