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L’Orchestra di Piazza Vittorio de retour au Grand Théâtre de Provence

Don Genderfluid

L’Orchestra di Piazza Vittorio de retour au Grand Théâtre de Provence - Zibeline

Présenté aux Nuits de Fourvière l’année dernière, après leurs précédents Carmen et La Flûte Enchantée (entendue au GTP en 2011), le Don Giovanni de l’Orchestra di Piazza Vittorio s’empare à nouveau de célèbres pages lyriques pour les faire résonner par-delà les frontières. Celles du genre sexué, donc, puisque le rôle-titre est confié au physique androgyne et à la voix très féminine de Petra Magoni, et que son Don Giovanni s’intéresse autant aux femmes qu’aux hommes.

Mais surtout celle du genre musical, puisque la troupe romaine, constituée en 2002 comme un pied-de-nez à la politique berlusconienne anti-migratoire d’alors, rassemble des artistes issus d’horizons géographiques variés. Simona Boo et Evandro Dos Reis, en Donna Anna et Don Ottavio, confrontent la douceur du portugais et de leurs mélismes à la voix plus classique de l’albanaise Hersi Matmuja en Donna Elvira. Le timbre plus jazz et pop des graves de Mama Marjas s’empare des rôles de Leporello et de Zerlina, quand le tunisien Houcine Ataa donne à Masetto une vraie élégance. Les langues se mélangent, les tempi aussi, de la soul au reggae.

Le voyage sonore n’est pourtant pas aussi dépaysant qu’on aurait pu le souhaiter. Les particularités des voix, de même que les arrangements pour les mettre en valeur, élaborés par le pianiste Mario Tronco, semblent moins inspirés que les réorchestrations orientales de La Flûte enchantée. L’adéquation de l’orchestre à la salle -la batterie s’entend beaucoup trop, les voix peinent à toujours se démarquer- y est peut-être pour quelque chose, quand le cadre des dansantes Nuits de Fourvière était sans doute bien plus adapté.

Mais l’amalgame un peu trop pop de l’ensemble, de même que le jeu systématique sur le métal des voix et l’omniprésence de l’électronique, laissent le spectateur sur sa faim. Ce qui manque, avant tout, à ce spectacle pour le tenir en haleine, c’est une vision du Don Giovanni, que le propos hédoniste de la production effleure à peine. Le final, disco en diable, jolie réappropriation par la drama queen Petra Magoni du I feel Love de Donna Summer, laisse deviner la fougue à l’origine du projet. Dommage.

SUZANNE CANESSA
Novembre 2018

Don Giovanni a été donné les 21 et 22 novembre au GTP, à Aix

Photo : Don Giovanni (c) Paul Bourdrel


Grand Théâtre de Provence
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08 2013 2013
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