Deux documentaires accompagnés par la FEMIS vus à Grans

Documentaires aux champs

• 18 septembre 2014 •
Deux documentaires accompagnés par la FEMIS vus à Grans - Zibeline

Le vendredi 18 septembre, dans le cadre champêtre de Grans, Ouest Provence, Scènes&cinés et la FEMIS ont créé l’événement en organisant une soirée du film documentaire. Depuis 2001, chaque année, dans le cadre de l’Atelier documentaire, la FEMIS, prestigieuse école nationale des métiers de l’image et du son, accompagne pendant 9 mois, 12 réalisateurs venus de toutes les régions de France. Elle les aide à mettre en forme leurs projets, leur offre une résidence d’écriture d’une semaine leur permettant de réaliser un film-esquisse de 5 mn et de se constituer un réseau professionnel. L’atelier documentaire 2014 a bénéficié du soutien de la Région Paca et c’est au Domaine de Petite à Grans qu’a eu lieu sa résidence d’écriture. En présence des représentants de toutes les institutions impliquées mais aussi des jeunes résidents de l’année encore plongés dans l’élaboration de leurs documentaires-créations, deux «anciens» de l’Atelier, choisis pour leurs liens avec la région PACA sont venus présenter leurs films en avant-première. Louise Hémon (promotion 2012) a tourné L’homme le plus fort (qui sera diffusé par Arte le 31 Oct) entre les Alpes et Marseille. Cette douce trentenaire y fait le portrait d’un de ses amis d’enfance, Gaëtan, passionné de culturisme depuis toujours, qui, dans ses montagnes natales bondit de rocher en rocher, tire des camions, renverse des carcasses d’auto, et géant «descendu» à la ville, soulève la fonte des salles de musculation, engloutit des kilos de thon, des centaines d’œufs et des cocktails de vitamines, tout en lisant l’autobiographie de Schwarzenegger.  La réalisatrice par un retrait actif, sans interview frontale, utilise pour déclencher la confidence de Gaëtan, des relais, comme sa petite amie ou ses collègues de travail. Loin de se moquer de lui et du défi permanent qu’il s’impose, elle entre ainsi, avec une bienveillance constante, dans son intimité. Il est de tous les plans, auto-sculpté, émouvant, quand il joue du saxo ou révèle la solitude de celui qui ne se place pas dans la norme. Le film permet au jeune homme de devenir un temps, comme ses modèles, un héros de cinéma. On glisse de la personne au personnage. Louise Hémon est partie de la réflexion de Michel Foucault (cité au générique) sur «le corps utopique». Défier son corps serait remettre en question l’ordre des choses, comme au fond un rêve d’enfant qui persiste à l’âge adulte, peut le faire. Très différent mais avec l’identique souci de trouver un point de vue adéquat, une distance juste avec son sujet, Le secret des Iyas de Cyrill Noyalet  (promotion 2010) deuxième film de la soirée, nous a entraînés dans une traversée du Bénin, de Cotonou à Sagon. Un travail de terrain, étalé sur dix ans, aidé par la Région, inspiré de l’ «anthropologie partagée» de Jean Rouch, et réalisé par une équipe mixte franco-béninoise. On y suit Alibou, musicien béninois en quête du secret des femmes et des mystères du rite vaudou Gélèdé. D’étape en étape, il  découvre les mythes qui se frottent à la réalité quotidienne des Africains et à la modernité conquérante. De son initiation finale on ne verra rien, bien sûr, et du secret des Iyas on ne saura pas grand chose non plus mais le réalisateur aura immergé les spectateurs dans un monde complexe, vivant, fragile, sur le point de disparaître, folklorisé, muséifié.

La qualité de ces deux documentaires laisse augurer que naîtront de la pépinière des Ateliers de la FEMIS bien d’autres créations passionnantes et l’enthousiasme des jeunes cinéastes semble faire fi des difficultés de production et de diffusion qui les attendent.

ÉLISE PADOVANI
Septembre 2014

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Photos : Le secret des Iyas Crédit : Must Be Productions et L’homme le plus fort Crédit : Legato films