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Algérie, les promesses de l'aube : un débat d'une brûlante actualité aux 14è Rencontres FFM

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Algérie, les promesses de l'aube : un débat d'une brûlante actualité aux 14è Rencontres FFM - Zibeline

Rendez-vous incontournable des Rencontres Films Méditerranée depuis 10 ans : la Table ronde, en partenariat avec Arte.

Un thème, un film, des invités, un dialogue et la mise en lumière d’une question d’actualité. Cette année, l’événement avait lieu au MuCem et on parlait du « printemps » algérien. Plus tardif que les autres printemps arabes mais participant du même ras-le-bol d’un peuple face à l’incompétence, la corruption et le mépris d’une vieille garde politicarde dépassée, qui a raflé le pouvoir il y a bien longtemps et s’y accroche pathétiquement, fût-ce en fauteuil roulant comme Abdelaziz Bouteflika !

L’Algérie est jeune – 55% de la population a moins de 35 ans – branchée aux Smartphones, ouverte aux communications planétaires, et les Algériens réclament juste une vie « normale » !

La réflexion s’organisait autour du film de Julie Peyrard et Lætitia Martin : Algérie, les promesses de l’aube, coproduit par Arte et Capa. Etaient invités : le producteur Franck Duprat, l’universitaire Amine Asselah, la réalisatrice algérienne Sonia Djama, la professeure de sociologie politique Lætitia Bucaille, l’écrivain reporter Oliver Rolin revenu d’Algérie avec des chroniques de voyage, et pour orchestrer les échanges, Leila Beratto, correspondante de RFI à Alger.

Tourné in situ,  « téléguidé » de Paris par des Algériens contraints de dissimuler leurs identités, Les Promesses de l’aube est un documentaire de l’urgence saisissant une histoire en marche. La transition entre, d’une part, l’écroulement d’une gouvernance surréaliste qu’un peuple tout entier a rejetée par la Révolution du sourire, pacifique, tenace, exemplaire, et d’autre part, une démocratie à inventer, qui cherche ses marques et devra tôt ou tard se structurer. Pédagogique, choral, organisé en chapitres, le film revient sur les prémices du mouvement, le traumatisme des années de plomb, le déclic provoqué par la candidature du vieux raïs à un 5è mandat, la manifestation du 22 février bravant l’interdit pour converger vers Alger, la démission de Bouteflika, puis d’une partie de sa clique, les arrestations, et la poursuite de la mobilisation chaque mardi et vendredi depuis des mois. Les réalisatrices croisent la parole d’individus et les images spectaculaires du Collectif. Fleuve tranquille coulant dans les rues de la Capitale ou foule de supporters dans un stade de Foot, chantant d’une seule voix sous l’ondulation des drapeaux vert-blanc-rouge, « La casa del Mouradia » qui assimile le gouvernement à la bande des casseurs de La Casa del papel !

On entend les témoignages d’un supporter, d’un vendeur des rues, harraga qui pleure ses compagnons noyés pour avoir voulu fuir la misère et l’impasse, d’un lycéen-icône de la lutte, beau comme un ange pasolinien, d’une Algérienne revenue au Pays où tout est à faire, d’une étudiante engagée dans le double combat des femmes soumises au Code de la famille, pour la liberté et une égalité que les hommes remettent toujours à plus tard ! On entend aussi les analyses d’intellectuels décryptant les processus en jeu.

On sent l’énergie de l’Espoir, la richesse d’une expérience citoyenne qui vaut d’être vécue même si souvent les lendemains déchantent.

ELISE PADOVANI
Novembre 2019

La table ronde, coproduction ARTE/ MuCem : Quelle issue pour le pari démocratique du peuple algérien ? s’est tenue le 30 novembre au MuCem

Photo © Annie Gava


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