Vu par Zibeline

Le vent se lève, dernière création de David Ayala, sorte de brûlot théâtral sur notre société et ses dérives

Dissertation sur un champ de ruines

Le vent se lève, dernière création de David Ayala, sorte de brûlot théâtral sur notre société et ses dérives - Zibeline

Souvent les pièces théoriciennes pêchent par une démonstration trop appuyée. C’est le cas avec Le vent se lève de David Ayala, fruit d’une écriture scénique collective, sous-titrée habilement (Les idiots / Irrécupérables ?). Histoire de comprendre ce dont il retournera durant trois heures : une chevauchée enragée de militants et activistes rédigeant un manifeste contre l’oligarchie de la finance qui domine et anesthésie les peuples. Mais le « Think tank » est néanmoins traversé de luttes intestines, de prises de bec violentes, de franches engueulades philosophiques et d’empoignades physiques. Comme quoi la bataille idéologique et la révolte qui gronde font quelques victimes dans leurs rangs !

Le coup de patte du metteur en scène évite ainsi un manichéisme facile. Pour étayer sa démonstration, il fractionne la pièce d’une succession de saynètes inégales, parfois assommantes, parfois dynamiques. Des temps de dissertations politiques, somme de collages de textes référentiels évoqués, projetés sur écran ou lus au micro : La société du spectacle de Guy Debord, Les lucioles de Pasolini, Marx, Bond, le Comité invisible. Des sketches jubilatoires où les idiots, dissimulés derrière des tentures transparentes (un nouvel espace théâtral), sont pris au piège de situations foutraques prétextes à passer à la moulinette critique la pensée formatée et les éléments de langage.

Prétextes également à ridiculiser le petit monde des médias, du « Charity Business », du show-biz hystérique, de l’art contemporain et le jargon superfétatoire de la caste culturelle. Tiens, pas le théâtre ?! Le tout agrémenté de séquences filmées auto-fictionnelles, d’extraits de films et d’archives qui alourdissent l’argumentaire déjà volubile. On se relève de ce brûlot théâtral un peu K.O., partagé entre le plaisir et l’abattement. Trop de blablabla et patati et patata…

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mars 2017

Le vent se lève (Les idiots / Irrécupérables ?) a été jouée le 31 janvier au Liberté – scène nationale de Toulon

Photo : © HG


Théâtre Liberté
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