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La Vie Automatique de Christian Oster: un roman jubilatoire

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La Vie Automatique de  Christian Oster: un roman jubilatoire - Zibeline

A la fin il y a un corps emporté sur une civière ; il est mort ; ce n’est pas le narrateur – encore que – et puis de toutes façons le narrateur, lui ben il est mort – ou presque – au début, ce qui ne l’empêche pas de dire « je » et après tout c’est le mieux qu’il ait à faire pour survivre pendant 130 pages étonnantes de maîtrise et d’allant. Le dernier roman de Christian Oster est jubilatoire, comme pas mal des précédents, et déroule bien à plat La vie automatique que désigne le titre parfaitement fiable.

Une maison en feu que l’on quitte sans plus d’émotion en tirant sa valise à roulettes et qui donnera lieu à une somptueuse description sèchement lyrique ; la rencontre improbable d’une actrice célèbre (lui joue dans des séries B) qui relance la machine ; le monde du cinéma, des ombres, des apparences et des métamorphoses ; un Japon métaphorique et stylisé où l’on fait un aller-retour rapide et tellement drôle ; un double, un autre en miroir que l’on poursuit jusqu’au bout et surtout des micro-moments, des micro-sentiments gratuits et légers qui renvoient à un monde de détails fragmentés et contingents. Dans sa « consommation hébétée du présent » le personnage aspire à « se mouler dans tout ce qui se présente » et l’auteur construit son roman comme une longue périphrase teintée d’euphémismes et de litotes qui saisirait le monde dans ses pinces délicates. « Nous parlions peu, craignant qu’à trop céder aux mots nous ne finissions par indiquer une direction quelconque à nos projets. » Libre et sujet à la métamorphose comme un personnage de Queneau, burlesque et absent à lui-même comme Monsieur Plume de Michaux, Jean qui ne se fait jamais appeler ainsi est finalement un homme nouveau à chaque ligne. Quelle leçon de littérature souriante !

MARIE-JO DHO
Février 2017

La Vie Automatique  Christian Oster
Éditions de l’Olivier 16,50 €