Catherine Marnas monte Sallinger, première pièce de Koltès, au Théâtre national de Strasbourg

Dire non à la guerre

Catherine Marnas monte Sallinger, première pièce de Koltès, au Théâtre national de Strasbourg - Zibeline

Sallinger n’est pas un texte facile, et il convient d’y entrer vierge d’attentes. Car Salinger, avec un seul l, l’auteur américain au sujet duquel Koltès devait écrire sa première pièce, en est absent. Du moins apparemment. Autre fait troublant : le personnage principal qui la traverse, le Rouquin, est mort. Et pas comme un spectre Shakespearien : c’est un interlocuteur normal, dansant, coloré et débordant d’une vitalité qui n’anime pas les autres…

Une fois cela admis il reste un écueil pour entrer dans ce texte magistral : si Koltès emprunte ici à la dramaturgie classique l’emploi des confidents, il va à contre-courant du schéma dramatique habituel des pièces françaises, en refusant d’exposer l’action. Il laisse sourdre peu à peu l’enjeu réel, son lien avec Salinger, auteur qui décrit le passage à l’âge adulte comme personne, traumatisé par la guerre et sa propre expérience de libération des camps. Le Rouquin, et son frère Leslie, sont est en ce sens Salinger, même s’ils ne sont pas écrivains, et ressemblent aussi à Holden de L’Attrape-cœurs.

Car dès la première scène c’est l’Amérique va-t-en guerre qui est là, celle qui s’apprête à sacrifier ses fils au Vietnam comme elle l’a fait en Corée, et impose au monde une prétendue normalité totalement schizophrénique. C’est pourquoi les veuves hurlent, les pères se vengent sur leurs fils, les mères pleurent, les frères errent et entrent dans la carrière quand leurs ainés n’y sont plus. Koltès met en mots cette histoire dégradée qui bégaye, dans des monologues successifs que viennent interrompre quelques dialogues jamais explicatifs, tandis que l’intrigue, toute en ellipses, retour en arrière et plongées vers l’avant, se dessine dans les monologues et les dialogues avec le frère mort.

La mise en scène de Catherine Marnas travaille à rendre ces détours limpides, à éclaircir l’implicite de cette pièce à la forme inattendue, et à faire entendre au-delà du texte les futures guerres américaines, Afghanes ou Irakiennes, comme si Koltès déjà les pressentait. Les plans dramaturgiques sont symbolisés par un découpage de l’espace en profondeur et en hauteur, les personnages caractérisés par leurs costumes, les morceaux de bravoure -le texte en regorge- sont travaillés au millimètre et offerts généreusement à l’avant-scène, pour que tout s’entende. L’ambigüité américaine éclate lorsque le frère et la sœur, la mère et le père, dansent légèrement, comme à Broadway, devant la veuve ou sur le champ de bataille. Les comédiens de la compagnie Parnas – mater dolorosa complaisante, père odieux et pitoyable, confident-repoussoir désespéré –  composent des personnages dissociés comme seul Koltès savait les écrire. Les comédiens du Théâtre National de Strasbourg rejoignent la partition parnassienne et incarnent les personnages jeunes en imposant leur talent : la veuve et la sœur hurlent de douleur progressive ou obstinée, la confidente joue un hilarant bon sens de vaudeville, le mort explose d’une joie tapageuse de beatnik, en équilibre sur sa tombe, et le frère impose de sa voix grave la vacuité de son destin de chair à canon. Une fois encore la direction d’acteurs de Catherine Marnas est une démonstration de précision, et d’intelligence dramaturgique.

AGNÈS FRESCHEL

Décembre 2012

Sallinger a été créé au Théâtre National de Strasbourg le 20 nov et y est joué jusqu’au 7 déc

À venir :

le 11 janv

Les Salins, Martigues

04 42 49 02 00

www.theatre-des-salins.fr

le 15 janv

La Passerelle, Gap

04 92 52 52 52

www.theatre-la-passerelle.eu

le 31 janv

La Colonne, Miramas

0810 006 826

www.scenesetcines.fr

le 2 fév

Le Cratère, Alès

04 66 52 52 64

www.lecratere.fr

le 5 fév

Théâtre de Cavaillon

04 90 78 64 64

www.theatredecavaillon.com

le 12 fév

Théâtres en Dracénie, Draguignan

04 94 50 59 59

www.theatresendracenie.com


La Garance
Scène nationale de Cavaillon
Rue du Languedoc
84306 Cavaillon
04 90 78 64 64
www.lagarance.com


Théâtre de la Colonne
Avenue Marcel Paul
13140 Miramas
04 90 50 05 26
http://www.scenesetcines.fr/


Théâtre des Salins
19 Quai Paul Doumer
13692 Martigues
04 42 49 02 01
www.les-salins.net


Théâtre La Passerelle
137 boulevard Georges Pompidou
05000 Gap
04 92 52 52 52
http://www.theatre-la-passerelle.eu/