2 fois toi imaginé par Jean-Paul Delore au Bois de l’Aune

Dialogues intimesVu par Zibeline

2 fois toi imaginé par Jean-Paul Delore au Bois de l’Aune - Zibeline

Le postulat de la rencontre avec soi n’est pas neuf, certes, mais l’originalité du projet mené par Jean-Paul Delore repose sur la multiplicité des écritures proposées, qui offrent un ensemble de miniatures travaillées, vitraux colorés sur le chemin d’une même contrainte : faire dialoguer en une courte saynète un même personnage avec lui-même, à deux étapes de sa vie, l’une saisie au cœur de l’enfance, l’autre lui offrant sa version adulte. Beau sujet, où se ressassent les affres du travail sur la mémoire, les transformations des faits au creuset des ans et des souvenirs, une madeleine proustienne pointe le bout de son nez, les actes, les rêves, les projections de l’enfance se heurtent à leur futur, à l’implacable sanction des ans qui les voit dans leurs échecs, leurs contournements, leurs évitements. Comme issues d’un songe, les silhouettes évoquées par Sinzo Aanza (dans Zelda) et jouées par Marie Nachury et Esther Jallade, se remémorent une scène tragique dont l’inouïe violence cherche à s’édulcorer dans le mouvement de rideaux pendus à une fenêtre…

Le sujet absorbe la proposition initiale et l’échange devient une sorte de duo tragique qui semble se refuser à aborder la réalité du souvenir qu’il a éveillé. Le duo de contrebasses (Rudy) entre Sébastien Boisseau et Marius Mallevaes baigne dans un clair-obscur propice à l’éclosion d’une rêverie où les phrases musicales se répondent suivant une chorégraphie en épure éloignant et rapprochant l’adulte et l’enfant avec une infinie tendresse. Le texte de Valérie Manteau, qui en parlait le 5 février à la Cité du Livre, tient de l’autofiction, observe la mythologie d’où nous venons, joue des langues apprises, anglais, turc, et du français maternel, avec Laetitia Ajanohun et Rita Niangouna. « Peu importe qui dit quoi, l’enfant ou l’adulte, déclare-t-elle, elles sont interchangeables… il s’agit avant tout d’une variation sur le thème de vivre avec quelqu’un d’une autre culture, car il n’aura pas les mêmes souvenirs littéraires, historiques… ». Comme sortis d’un film de Fellini, le couple adulte/enfant Eliott Faraz, Alfred Spirli (Nino) tisse par ses intermèdes inventifs une trame muette et emplie de sens qui ourle les trois duos, s’immisçant parfois dans l’action avec des scies musicales auprès des contrebasses par exemple… pur bonheur !

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2020

2 fois toi Zelda / Rudy / Sarah / Nino, a été donné au Bois de l’Aune les 13 et 14 février.

Photographie : 2 fois toi ©Sean Hart

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