Leyla Bouzid et Aïssa Maïga, invitées du 19e Festival des Cinémas d’Afrique du pays d’Apt

Deux regards de femmesVu par Zibeline

Leyla Bouzid et Aïssa Maïga, invitées du 19e Festival des Cinémas d’Afrique du pays d’Apt - Zibeline

Au 19e Festival des Cinémas d’Afrique du pays d’Apt, des films, des rencontres, des invité·e·s et, parmi les cinéastes présent·e·s cette année, Leyla Bouzid et Aïssa Maïga.

Leyla Bouzid était invitée par Afric’Apt pour son deuxième long métrage, Une Histoire d’amour et de désir. Une paroi de douche, constellée de gouttes d’eau. Un corps de dos, qui apparait. C’est celui d’Ahmed (Sami Outalbali) un jeune homme, qu’on retrouve dans une cuisine auprès de sa mère, puis qui part, au petit matin, seul au milieu des immeubles de sa banlieue, vers la Sorbonne. Il est étudiant en littérature. Sur les bancs de l’amphi, il remarque une belle et jeune Tunisienne, Farah (Zbeida Belhajamor) aussi extravertie qu’il est timide. C’est l’itinéraire d’Ahmed que suit la réalisatrice, ses hésitations devant l’amour et le désir que lui inspire Farah, ses questionnements devant la littérature arabe, en particulier les livres érotiques, qui abordent la sexualité avec une grande liberté de ton, qu’il ne connait pas. Car bien que d’origine algérienne, Ahmed n’a jamais appris la langue : un choix de son père. « Cela ne vous aurait servi à rien », répond-il aux reproches de son fils. Le film, plein de sensualité, nous plonge dans le regard et les sensations d’Ahmed. «  J’avais une envie forte d’érotiser le corps d’Ahmed et qu’il soit au cœur du film : beau, sensuel, désirable et regardé par une femme. D’habitude, on passe par le corps masculin pour regarder surtout la femme et le plaisir qui lui est donné par l’homme. Là, il était évident que je devais rester axée sur le plaisir d’Ahmed car c’est l’aboutissement de sa trajectoire. » C’est réussi.

Le documentaire d’Aïssa Maïga nous emmène au Niger, dans la région de l’Azawagh, à 15 heures de route de Niamey dans le village de Tatiste où se sont sédentarisés des Peuls Wodaabe. Paysages désertiques, terre assoiffée, trajets des femmes et des enfants qui vont chercher les quelques litres d’eau indispensables à la survie. Hommes qui partent de plus en plus loin pour trouver des pâturages pour les bêtes. Mères qui laissent leurs enfants pour aller travailler dans des pays voisins. La vie est de plus en plus difficile avec le réchauffement climatique Le village se bat, en particulier les femmes, pour obtenir un forage. Il y a de l’eau si l’on creuse en profondeur, comme l’explique le dynamique instituteur aux enfants et adolescents. Parmi eux, Houlaye, une jeune fille de 14 ans, a particulièrement marqué et inspiré Aïssa Maïga qui a filmé la vie dans ce village-campement durant une année. Houlaye qui a en charge ses petits frères et sœurs. Houlaye qui veille à ce qu’on ne gaspille pas l’eau, malgré l’envie et le besoin, légitimes, de se laver. La séquence où son petit frère, Damana, le regard malicieux, continue à verser un peu d’eau pour sa toilette est drôle et émouvante à la fois. C’est avec une grande délicatesse que la réalisatrice a filmé, superbement, ces hommes et ces femmes dignes, qui se battent pour continuer à vivre.

ANNIE GAVA
Décembre 2021

On peut écouter Aïssa Maïga et  Leyla Bouzid sur WRZ.

Africapt s’est tenu du 10 au 16 novembre à Apt.

Photo : Marcher sur l’eau © Les Films du Losange

Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt
12 place Jules Ferry
84400 Apt
07 82 64 84 99
http://www.africapt-festival.fr/