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Vu par Zibeline

Retour sur L’hiver de la cigale, fable sur la tyrannie, vue au Théâtre Artephile à Avignon

Deux cigales, un héros et un tyran

Retour sur L’hiver de la cigale, fable sur la tyrannie, vue au Théâtre Artephile à Avignon - Zibeline

Communément les pères aiment lire des histoires et dire des fables à leurs filles. C’était le cas des pères d’Isadora et de Nathalie. Mais le père d’Isadora est devenu dictateur et a assassiné celui de Nathalie, ce qui n’est pas commun. La fable est celle de La Fontaine, La cigale et la fourmi. Aucune ne l’a oubliée mais leur enfance a basculé dans le drame pour toutes les deux. La pièce de Pietro Pizzuti commence en 2002. Laura est en prison pour le meurtre d’un dictateur, un « monstre » qui a fait régner la terreur pendant 30 ans. Elle conteste à Nathalie, son avocate, l’accusation de meurtre car elle revendique l’exécution du tyran condamné par un tribunal populaire.

L’action se concentre sur les quelques jours qui précèdent le procès. Un huis-clos où les deux femmes s’opposent, se reconnaissent, s’émeuvent, se dévoilent et s’opposent encore. L’une revendique un acte politique, l’autre cherche des circonstances atténuantes. Il est question de vérité et de justice, de la légitimité de l’action armée, des filles et de leurs pères, de ce dont nous héritons et que nous avons le droit de refuser. La mise en scène est d’une grande sobriété et souligne l’intensité de la confrontation. L’émotion affleure en même temps que des souvenirs, notamment lorsque la voix du tyran nous parvient sur un enregistrement et qu’il parle de sa fille. La metteure en scène et interprète de Laura, Maria Cristina Mastrangeli, avait demandé à Armand Gatti d’être cette voix en 2016. Son interprétation et celle de sa partenaire, Elsa Bosc, sont parfaites dans leur intensité comme dans leur retenue. Le texte de Pietro Pizzuti qui fait se succéder évocations du passé et moments présents est parfaitement soutenu par la scénographie qui a prévu des sortes de cabines éclairées de l’intérieur pour jouer les moments du passé. Un spectacle qui interpelle sur le terrorisme, celui des Brigades Rouges, celui de la libération en Amérique Latine. Et celui qui bouleverse aujourd’hui nos sociétés ? 

CHRIS BOURGUE
Juillet 2017

L’hiver de la cigale de Pietro Pizzuti se joue dans le cadre du Festival Off d’Avignon jusqu’au 28 juillet au Théâtre Artephile à 19h45 (production Octogone, laboratoire de création théâtrale)

Photo : Giovanni Ambrosio © Black Spring Graphics