Sueño y silencio de Jaime Rosales

Deuil en noir et blanc

Sueño y silencio de Jaime Rosales  - Zibeline

Premier plan de Sueño y silencio, Miquel Barceló, de dos, en accéléré, peint à l’aquarelle des êtres aquatiques : gestes du peintre, en silence. Deuxième plan, une femme, entrevue entre deux portes, dans un miroir, peignant ses cils : gestes de femme. Puis, des gestes du quotidien, filmés en image argentique en noir et blanc : une enfant qui lit allongée à côté de son père, une mère et ses filles dans une boutique de vêtements, un architecte qui explique ses choix dans un bureau, une professeure qui fait un cours, deux sœurs qui jouent dans l’appartement , et puis les quatre membres de la famille réunis sur un lit, les parents évoquant la naissance des deux filles…Mais de ces images de bonheur paisible sourd peu à peu  une inquiétude qui vient peut-être de la mise en cadre : les personnages sortent du champ, certains visages sont tronqués, certaines scènes semblent inachevées. Le spectateur est en questionnement permanent : qu’est- ce qui se joue là ? Il aura la réponse plus tard, peu à peu : l’accident de voiture qui prive Oriol et Yolanda de leur fille aînée n’est que suggéré dans  une séquence silencieuse montrant de manière hypnotique l’autoroute qui relie Paris où ils habitent au delta de l’Ebre, dans le sud de la Catalogne, où le père et Célia étaient en vacances. La suite du film travaille la question de la perte d’un enfant et du deuil. Le père semble avoir perdu la mémoire, la fille cadette se tait et la mère, noyée dans la douleur, essaie de survivre ; un jour elle croit même avoir parlé dans un jardin à son enfant disparue. L’ellipse et le hors champ sont les figures centrales du quatrième film de Jaime Rosales qui a choisi de tourner avec des acteurs non professionnels, qu’il a laissés parfois improviser et qui s’en sortent très bien. Certes, on peut trouver longs certains plans séquences comme celui au cimetière, filmé de loin, qui dure sept minutes ou le lent travelling avec un steadicam, à travers les allées du parc des Buttes Chaumont. On peut aussi  se laisser emporter par cet étirement des plans,  dans une méditation sur la fragilité de la vie.

ANNIE GAVA

Novembre 2012

 

Sueño y silencio de Jaime Rosales a été projeté au cinéma le Prado, lors du 11ème festival CineHorizontes 

Horizontes del Sur
6-8 rue de Provence
13004 Marseille
04 91 08 53 78
http://www.horizontesdelsur.fr/