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A Arles, la Fondation Van Gogh expose les dessins de Van Gogh, Roni Horn et Tabaimo jusqu'au 20 septembre

Destins du dessin

• 12 juin 2015⇒20 septembre 2015, 12 juin 2015⇒20 septembre 2015 •
A Arles, la Fondation Van Gogh expose les dessins de Van Gogh, Roni Horn et Tabaimo jusqu'au 20 septembre - Zibeline

En rapprochant Van Gogh et deux artistes contemporaines, trois expositions à la Fondation Van Gogh jouent au grand écart sur le thème du dessin. Ce qui n’est pas forcément pour déplaire.
L’exposition estivale dernière nous intéressait à la couleur dans l’œuvre de Van Gogh. Pour cette édition, Bice Curiger et Sjraar van Heugten se tournent vers un autre extraordinaire, son œuvre graphique. En contrepoint, on découvre la dernière série des Hack Wit, les dessins au pigment et les sculptures de verre de Roni Horn, ainsi qu’une troublante vidéo-installation de la vidéaste japonaise Tabaimo.
Figure humaine
Portraits de travailleurs, paysans, mineurs baissés, courbés, au dos voûté, corps massifs lourdauds, mains noueuses, aspect terreux… entre autres, la sélection conçue par Sjraar van Heugten fait la part belle à la figure humaine et certaines classes sociales. Van Gogh semble nous demander de nous y intéresser de près, jusqu’à l’ambivalence, par exemple, de ces gerbes de blé (Auvers, 1890) tracées hâtivement peu avant sa mort qui évoquent par leur mouvement des pantins/danseuses fantomatiques sans tête. Le paysage n’est pas en reste. De près aussi : celui-ci avec cabane (Arles, mai 1888) contrarie la logique de la netteté en perspective. Car c’est au lointain que l’artiste accorde précision et détails, laissant les premiers plans à une accumulation graphique de signes. En appelant à la couleur, il est pré-cézannien dans cette vision d’un banc, aquarellé à l’huile, encre et craie noire. Contrariant l’enseignement classique, le dessin n’est pas systématiquement le préparatoire à l’œuvre peinte. Van Gogh lui octroie son autonomie en développant un exceptionnel vocabulaire graphique (qui n’est pas sans rappeler Dürer) et investit aussi des surfaces respectables. On aurait apprécié ici son Rocher de Montmajour ou La roubine du roy. L’exposition pointe aussi les influences croisées et expérimentations techniques à travers la gravure, héliogravures, reproductions d’œuvres d’artistes, estampes d’Hiroshige tant appréciées.
Affinités
À travers le parcours des trois univers si différents, nous touchons à l’un des aspects de la recherche essentielle que tout artiste nourrit envers ses moyens d’expression personnels. Du gros crayon de charpentier des débuts au roseau de Provence et diverses combinaisons d’outils pour Van Gogh, pigments, colle vernis, lacérations recomposées minutieuses annotées de Roni Horn, ou chez Tabaimo le dessin traditionnel japonais inspirant les nouvelles technologies dans une mise en scène tridimensionnelle. Toutefois on se demande ce que font ici les monolithes de verre (magnifiques d’absolu !) de Roni Horn, antiformes où s’absorbe dans la matière/lumière/couleur toute velléité de trace singulière. Une antithèse du dessin. Le visiteur désirant approfondir les sujets se tournera vers la sémillante équipe de médiatrices et les catalogues édités pour l’événement chez l’éditeur voisin Actes Sud.

CLAUDE LORIN
Juin 2015

Les dessins de Van Gogh : influences et innovations
Roni horn : Butterfly to Oblivion
Tabaimo : Aitaisei-Josei
jusqu’au 20 septembre
Fondation Van Gogh, Arles

photo : Roni Horn, Hack Wit-dead void, 2014© Geneviève Hanson, courtesy l’artiste et Hauser&Wirth

 


Fondation Vincent Van Gogh
35 ter rue du Docteur Fanton
13200 Arles
04 90 93 08 08
www.fondation-vincentvangogh-arles.org