Prévu dans le cadre de Fest’hiver, « Entre chien et loup » a pu bénéficier d'une captation vidéo

Destins croisésVu par Zibeline

Prévu dans le cadre de Fest’hiver, « Entre chien et loup » a pu bénéficier d'une captation vidéo  - Zibeline

La Cie Machine double s’inspire de deux romans de Jack London, L’appel de la forêt et Croc Blanc pour construire son nouveau spectacle Entre chien et loup. Dans le cadre sauvage du « Wild », là où la terre est « si froide et si abandonnée », où « la futilité de l’existence » devient évidente au cœur de cet univers qui « ne supporte pas le mouvement ». Tout se déroule à la même époque, celle de la ruée vers l’or du Klondike. Voici le jeune louveteau, Croc-Blanc : il découvre peu à peu le monde au sortir de sa caverne, chasse avec sa mère, suit les lois du Grand nord, libre, alors que Buck, chien de Californie, est enlevé à sa vie paisible pour être vendu à un trafiquant de chiens de traîneau. Deux têtes stylisées, un chien et un loup, suffisent aux deux marionnettistes et récitants, Florian Martinet et Charlotte Micheneau Woehling, pour donner chair aux protagonistes, tout au long de leurs parcours symétriquement opposés. Si le chien peu à peu retourne à l’état sauvage et trouve sa place dans le monde du « Wild », le loup, après une enfance de luttes, passe de maître en maître jusqu’à rencontrer le « maître d’amour » qui le recueille et le ramène en Californie où il vivra dans la quiétude, défendant sa famille humaine d’adoption.

Dans ces « romans d’apprentissage », les découvertes parallèles du feu et de la neige, les combats entre chiens, terribles de férocité, et encouragés par les parieurs, sont autant de points d’ancrage du spectacle et lui accordent une construction de cathédrale. Un large voile mouvant et blanc se plie selon les lois d’un origami géant et offre à chaque tableau un cadre animé des souffles du vent glacé du Yukon. La lumière indécise (Céline Balestra) laisse émerger les formes, les sons, les mots, leur accorde un relief nouveau. Le silence s’ourle des mouvements des tempêtes, météorologiques ou intérieures, laisse entendre l’infime qui suggère les immensités désolées, ou fait vivre la folie violente des hommes, qui semble émaner du caractère implacable de la nature, grâce aux créations sonores de Marin Laurens.

La pièce devait être jouée dans le cadre de Fest’hiver les 23, 28 et 30 janvier au Théâtre Transversal d’Avignon… pas de « présentiel », mais une captation a été diffusée « en live » grâce à la mairie d’Avignon et aux Scènes d’Avignon. On se prend à imaginer combien le spectacle doit être prenant lorsque l’on est plongé dans les lumières sombres et bleues, environnés par les effets sonores, happés par la présence des artistes sur scène… La réalité vécue nous manque !

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2021

Entre chien et loup a été diffusé en direct live le 27 janvier

Photo : Entre chien et loup © Machine double