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Vu par Zibeline

"L'Enfant" d'Élise Vigneron, adaptation en marionnette de Maurice Maeterlinck

Destin nébuleux

Après avoir travaillé le mythe d’Antigone et Œdipe, Élise Vigneron a choisi d’adapter une pièce de Maurice Maeterlinck, La mort de Tintagiles. Un décès annoncé, qu’elle ne formule plus explicitement : L’Enfant sera son nouveau titre. Comme toujours chez cette artiste, un soin très particulier est apporté à l’atmosphère : le spectateur est conduit, par petits groupes, dans les couloirs techniques du Gymnase, éclairés sombrement. C’est comme s’il accédait directement aux coulisses de l’histoire, celle des sœurs Ygraine et Bellangère, vivant à proximité d’un « château malade » où règne une maléfique Reine, leur grand-mère. « Je n’ai pas confiance en l’avenir », lui souffle Ygraine en l’accueillant, un lumignon enflammé à la main.

L’Enfant Tintagiles est voué à la mort, même ceux qui n’ont pas lu Maeterlinck le devinent assez vite. Sa marionnette semble faite d’argile, cassante, comme les morceaux qui jonchent le sol, comme le bâtiment où ses deux sœurs l’accueillent, empoussiéré, avec des scories chutant du plafond. La scénographie inclut un tremblement sourd, des murmures, vibrations, le reflux d’un océan peut-être ? De la brume envahit lentement le plateau, le lustre de cristal frémit. Dommage, avec une telle efficacité dans sa façon de planter le décor, et d’immerger son public, que le propos reste nébuleux. Si le texte lui-même entretient le mystère, Élise Vigneron ne lui rend pas service en le tirant plus encore vers la pénombre, avec une fin abrupte qui laisse un goût d’inachevé. Nul n’a les clefs pour comprendre ce qui se joue, sur cette île désertée par les hommes, où le seul petit mâle, convoité par la Reine, n’a d’existence qu’animé par des femmes.

GAËLLE CLOAREC
Mars 2019

Le Gymnase a accueilli L’Enfant du 26 au 28 février, à Marseille

Photo : L’Enfant -c- Florent Ginestet