Les partitions invisibles de Bastien Boni & Nicolό Terrasi, disque onirique chez MazetoSquare

Des vertus de l’imaginaireVu par Zibeline

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Ni vérités, ni mensonges, Les villes invisibles d’Italo Calvino, se construisent de nos rêves et du ferment des histoires. Sur leur modèle, Bastien Boni (contrebasse) et Nicolό Terrasi (guitare) ont enregistré au PIC (Pôle Instrumental Contemporain situé à l’Estaque) un album tout en finesse mêlant improvisations et compositions originales, Les Partitions invisibles. Une corde relâchée ouvre le premier morceau, alors que les sons hésitent avant de prendre leur élan, murmures de baleine, conscience ébauchée au cœur du mouvement complexe de pensées qui peu à peu se dessinent… Les bruits extérieurs hantent l’album, rires d’enfants, mots happés au passage, échos du quotidien, tandis que la musique se déploie comme une émanation naturelle de la réalité. Les instruments trouvent de nouvelles harmonies, s’essaient à l’impossible, s’attardent sur un note rêveuse, dialoguent avec un chant d’oiseau, laissent une conversation lointaine s’immiscer dans le creux d’une phrase, acceptent l’inachevé comme une ouverture aux errances de l’imagination, un trait lyrique, une impulsion légère, une pirouette, un désaccord sombre, un rythme jazzy, la musique de l’italien sur lequel une guitare brode quelques notes intruses… douceur d’une promenade où l’on croise – avec le détachement de celui qui n’est que de passage – l’animation d’une rue, d’un marché… Les architectures éclosent, on regarde, nonchalamment. Les sonorités croisées appartiennent déjà au monde du souvenir, paysages mentaux hors de toute chronologie, les enregistrements puisés dans le réel (field recording) tissent leurs images fugitives aux élans des instruments, dans une esthétique de transfiguration du réel où l’on aime se laisser aller.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2020

Les partitions invisibles
Bastien Boni & Nicolό Terrasi
MazetoSquare, 15€