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Vu par Zibeline

Le Festival Les Suds ou les musiques du monde à Arles

Des Suds indépassables

Le Festival Les Suds ou les musiques du monde à Arles - Zibeline

Pour sa 20ème édition, le festival arlésien a montré la vivacité et l’actualité des musiques du monde.

Difficile de relever une fausse note. De l’ouverture avec Alain Minvielle, « vocalchimiste » béarnais, à la cantaora Rocío Márquez, qui révolutionne l’arte flamenco. Le premier swingue avec la langue, jongle avec les instruments, évoque Lubat ou Nougaro, entre scat et bal populaire. La seconde, dans une démarche contemporaine assumée, explore de nouveaux horizons flamenco, emmenant son cante si pur dans des contrées rock underground, et faisant aussi vibrer le public dans des moments intimes de toute beauté, sublimés par la guitare de Juan Ramón Caro.
A l’image d’une semaine de marathon musical, l’un comme l’autre incarnent parfaitement l’esprit d’un festival qui s’attache à démontrer chaque année que les musiques du monde sont bien vivantes, créatives et innovantes, jouant, capables de véritables rencontres. Moment attendu par des dizaines de musiciens professionnels et amateurs, la Grande parade musicale, déambulation dirigée par le jazzman marseillais Raphaël Imbert, a lancé une Nuit des fleuves sous le signe du Mississippi et du Rhône, le long duquel plusieurs scènes ont proposé des artistes ancrés dans la culture de leurs territoires : électro-trad, éthio-jazz, blues cajun, polyphonies occitanes…
Paravent fédérateur d’une programmation ne renonçant pas à l’audace, les soirées au théâtre antique ont réussi leur mission populaire, donnant à voir les courants majeurs de la world : musiques tsigane, du monde arabe, africaine, d’essence latine.  Malgré une présence dans de très nombreux festivals de la saison, Vaudou Game a su nous éviter l’overdose en invitant Roger Samawuzan, James Brown togolais et pionnier de l’afro-funk dans les années 70. Un show efficace au message généreux et universel. Premier groupe à avoir fait découvrir les rythmes des Balkans au monde entier, Taraf de Haïdouks, formation multigénérationnelle, n’a pas failli à sa réputation de déclencheur de liesse, sur les rythmes effrénés de violons, flûte, clarinette et accordéons d’apparence surannée.
Quant à leurs homologues cubains de l’Orquesta Buena Social Club, en tournée d’adieu, ils ont honoré par leur joie de vivre légendaire les morceaux qui ont fait l’histoire du répertoire de la plus grande île des Caraïbes, rendant un hommage appuyé aux membres disparus de la formation. En première partie, la Portugaise Gisela João a été l’une des plus belles surprises du festival. Son fado dépoussiéré mais pas dénaturé et sa fraîcheur spontanée ont conquis un public pourtant venu pour les illustres aînés.
Rare artiste français à jeter des ponts vers les musiques du Maghreb et d’Orient, Titi Robin a offert la version scénique de son dernier album « Taziri ». Un voyage en harmonies complices, mettant en évidence la connivence des cultures des deux rives de la Méditerranée. Titi Robin, connu pour ses multiples collaborations, est entouré de deux musiciens montants de la scène marocaine: Mehdi Nassouli aux voix et guembri et Foulane Boussine, surnommé le Prince du ribab.
Plus intimistes, les Moments précieux de la Cour de l’archevêché ont permis de découvrir la voix émouvante de Lena Chamamyan, la création franco-nippone déconcertante et hypnotique « Kintsugi », la pétulance des chants de troubadours rebelles avec « Sirventès », magnifiés par Manu Théron (voir ici) ou encore le maloya raffiné de Zanmari Baré. Enfin, les Nuits des forges resteront marquées par le collectif Batida (Angola-Portugal), une proposition artistiquement et socialement forte qui mêle musique, danse et vidéo au son d’un kuduro réactualisé.

THOMAS DALICANTE
Juillet 2015

Les Suds à Arles ont eu lieu du 13 au 19 juillet