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Décapante Pascale Petit, invitée des Nouvelles Hybrides à la Médiathèque de Pertuis

Des règles du jeu

Décapante Pascale Petit, invitée des Nouvelles Hybrides à la Médiathèque de Pertuis - Zibeline

Pascale Petit, invitée en résidence à La Tour d’Aigues par l’association Nouvelles Hybrides, arpente les genres à travers plus de vingt publications. Lors de la rencontre organisée dans la médiathèque Les Carmes (Pertuis), elle offrait une lecture d’extraits de son ouvrage poétique Le Parfum du jour est fraise (éditions de l’Attente, 2015). Sa voix précise aux inflexions sobres (intonations « d’aéroport », de « coaching », de « performeuse ») laisse transparaître un humour décapant, subtil. La ponctuation nerveuse aiguise le texte, qui parfois s’évade en expressions anglaises, entre les larges nappes de respiration et le vertige des accumulations. L’adresse permanente au lecteur, cet autre indispensable de l’exercice littéraire, accorde une théâtralité, une connivence, mais aussi, par l’abondance interrogative et impérative, le met en demeure. S’exacerbent alors les angoisses générées par un univers construit à base de tests de personnalité, amplifiés au point d’être rendus délirants. Les logiques poussées à l’extrême nous renvoient à une analyse du monde contemporain, à ses manipulations, sa cruauté, sous couvert de questions engageantes, de formules de « management » ou de « relaxation ». « Je ne suis pas un objet, mais un projet » (sic !)… Il y a du Flaubert, son Dictionnaire des idées reçues notamment, dans ce travail qui semble rassembler les parts hétéroclites de tous les clichés qui régissent les discours censés nous informer et pourtant nous éloignent du sens à force de le traquer, de chercher à tout définir à travers des « grilles de lecture » qui déforment la réalité… à quelles fins ? Légèreté et profondeur se mêlent ici en un portrait inquiétant du monde. Détournement ? « De toute façon pour moi, la littérature est un détournement » sourit Pascale Petit, « il y a toujours une transposition de la réalité dans l’espace d’un livre, chaque fois le décalage est différent, le propre de l’œuvre d’art est de décaler, de décaper, j’aime bien le terme de décapage par l’écriture ». Nous aussi !

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2018

Rencontre avec Pascale Petit le 17 février à la Médiathèque Les Carmes, Pertuis

Photo : Pascale Petit à la Médiathèque Les Carmes, Pertuis, février 2018 -c- M.C.