Deux belles figures de pères à l'honneur du festival Cinemed

Des pères courage à CinemedVu par Zibeline

Deux belles figures de pères à l'honneur du festival Cinemed - Zibeline

L’équipe de Cinemed, déterminée et engagée, a maintenu le cap malgré les vents contraires avec neuf longs-métrages en compétion, d’où se dégageaient deux belles figures de pères.

Tenaces, ils ont parcouru leur pays et ont lutté jusqu’au bout pour le bonheur de leurs enfants. L’un en Israël avec Here we are de Nir Bergman, l’autre en Serbie, avec Le Père de Srdan Golubovic. Tous les deux primés par le jury présidé par Grand Corps Malade.

Le troisième long métrage de Nir Bergman – Sélection officielle du Festival de Cannes 2020 – s’ouvre sous le signe du Kid, qu’un jeune adulte, Youri (Noam Imber), regarde en boucle sur sa tablette, sourire aux lèvres. Youri qui refuse de traverser une route de peur d’écraser un escargot, Youri qui nourrit chaque jour ses poissons rouges. « Papa, est-ce que j’aime Maman ? Est-ce que j’aime le jaune ?… Est-ce que j’aime… ». Youri est autiste et ne peut vivre qu’accompagné de son père Aharon (Shai Avivi) qui a mis sa vie entre parenthèses depuis son divorce pour s’occuper entièrement de lui. Mais sa femme Tamara (Smadar Wolfman) juge qu’il faut trouver à Youri un « lieu qui lui corresponde ». Ni le père, ni le fils ne sont prêts à cette séparation. Sommé par la justice de l’amener dans l’institution spécialisée que Tamara a eu du mal à trouver, Aharon, face à la violente crise de désespoir de Youri sur le quai de la gare, n’a qu’une issue, fuir. Commence alors un périple à travers le pays, de Haïfa à Bee’r Sheva, Eilat, Tel Aviv… Un père trouvant à chaque instant des solutions comme fabriquer un flip book avec les images du Kid quand le chargeur de la tablette est en panne ou se mettant à danser avec lui, sur Gloria, dans une fête foraine. Une superbe et émouvante séquence. Un père courage qui va devoir surmonter ses propres peurs pour que son fils puisse vivre, loin de lui, enfin. Le film a obtenu le Prix du Jury Midi Libre.

150 kilomètres

Une femme qui marche d’un pas décidé, suivie de ses deux enfants, entre dans une usine, tenant une bouteille d’essence, menaçant de s’immoler par le feu si son mari ne reçoit pas ses mois de salaire et sa prime de licenciement. Mettant sa menace à exécution, elle est sauvée in extremis par des ouvriers, grièvement brûlée. C’est par cette séquence, véritable coup de poing que démarre Le Père, quatrième film du réalisateur serbe Srdan Golubovic, tiré d’un fait réel. Son mari, Nikola, interrogé par la police, se retrouve face à une commission régionale de services sociaux dont le chef, corrompu, arrogant et sans pitié lui annonce que ses enfants lui sont retirés et placés dans une famille d’accueil. Pourquoi ? Parce qu’il est pauvre et incapable de s’occuper d’eux. Sa maison n’a ni électricité, ni eau courante. Courageusement, il s’attelle à des travaux mais les services sociaux confirment son inaptitude. Il décide d’en référer directement au Ministère des Affaires sociales à Belgrade. C’est à pied qu’il entreprend un périple de 150 kms, de son village Grab à la capitale Belgrade. La caméra d’Aleksandar Ilić, avec une palette chromatique sombre d’où surgit soudain le jaune éclatant d’herbes folles, le suit dans des paysages naturels superbes mais défigurés par la gestion catastrophique du pays : usines et stations services désertées, routes défoncées, villages pauvres aux maisons décrépies. Il se fait un ami, un chien perdu comme lui, croise un passeur qui le prend dans son camion, des voleurs avec qui il se bat. À bout de forces, il se retrouve dans une chambre d’hôpital, partagée avec un vieil homme qui, pour l’encourager, lui dit qu’il est inutile de se battre pour sa famille car on ne récolte qu’ingratitude ! Il ira jusqu’au bout et refera les 150 kms pour rentrer chez lui et revoir ses enfants. Nikola, admirablement interprété par l’acteur croate Goran Bogdan, homme de la nature, parle peu mais son regard traduit la détermination et l’amour paternel. Un vrai père courage, qui a su séduire le jury qui lui a accordé l’Antigone d’Or.

ANNIE GAVA
Octobre 2020

Cinemed s’est tenu du 16 au 24 octobre à Montpellier.

Photo : Here we are © MK2 international